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De sœur Marie de l'Eucharistie à ses parents. Octobre 1896.

 

De sœur Marie de l'Eucharistie à ses parents. Octobre (?) 1896.      

    

+Jésus                              J.M.J.T.

 

Mon cher petit Père et ma chère petite Mère,

         S'il fallait vous dire autant de Merci qu'il y a de boîtes de conserves, de figues, de poires tapées, de bourdins et autres, je crois que ma journée y serait employée et que ce petit morceau de papier manquerait de longueur et de largeur. Aussi un gros « MERCI » sorti de tous les cœurs des Carmélites va aller retentir aux oreilles de nos bienfaiteurs. Jésus se charge de les remercier pour nous!... Il suffit donc d'exprimer un désir pour qu'il soit instantanément exécuté ?... [lv°] Tel est l'exemple des figues et autres fruits confits. Oh ! cela nous touche on ne peut plus. Vos petites filles sont bien touchées de vos bontés. Je comprends maintenant le fameux mot de ma Sr Marie du S.C. qui nous faisait tant rire : Toutes vos bontés, disait-elle, me font pleurer. Oh ! cela c'est bien vrai et ce matin au souvenir de mes chers parents et de leurs bontés pour nous je me suis mise à pleurer et ne puis encore m'en empêcher en vous écrivant ce petit mot, tellement mon cœur est touché. Dans le Ciel seulement vous connaîtrez le degré de mon affection pour vous. Oh ! dans le Ciel que de choses seront révélées, là et là seulement on pourra remercier et aimer tout son content... Hier soir et ce matin [2r°] les caisses emplissaient le réfectoire et l'on a énuméré autant que possible tout le contenu de ces bonnes caisses (il était d'usage que la portière (ou la provisoire) énumère à la fin du réfectoire du soir les dons reçus des bienfaiteurs. La prieure demandait alors à la communauté de réciter un Pater et un Ave pour les donateurs, ce qui se faisait en silence, séance tenante). Hier soir tout en mangeant je lançais de petits regards vers les caisses envoyées par mon papa et ma maman et dessus je lisais écrit en gros : « Conserves ». Conserves, me disais-je, oh! comme cela porte bien son nom, oui ce sont bien des conserves. Elles se conserveront jusqu'à l'éternité pour être présentées par les Anges à ceux que j'ai de plus chers au monde et c'est à ce moment-là seulement qu'ils recevront le Merci et jouiront de la gloire et de la joie que de tels dons peuvent produire. Et je voyais les Anges prendre les fleurs et les fruits éternels contenus dans ces caisses et les [2v°] emporter dans leur beau Ciel pour réjouir la vue de Jésus et de sa Mère Immaculée. Je vais vous annoncer une bonne nouvelle, je me porte à merveille, le jeûne ne me fatigue nullement. C'est curieux de me voir avaler le soir mon gros morceau de pain (le jeûne monastique a repris le 14 septembre. La collation de 18 heures comportait environ 215 gr de pain, beurre ou fromage, fruits, parfois confiture. Ni bouillon ni soupe, rien de chaud. On ne devait pas laisser de pain). Je donne de véritables parties de plaisir à mes voisins et voisines. On dirait absolument que j'empâte un canard, car ma tête et toute ma personne fait le mouvement du mastiquage d'une façon incroyable. Faut avoir un fameux estomac pour avaler tout cela. Ce n'est pas l'appétit qui ne manque au contraire mais c'est une grande affaire que de s'empâter... Aussi les figues et les poires m'ont « tapé » dans l'œil, elles m'aideront à mastiquer mon pain.

Je vous quitte tous les deux en vous envoyant un baiser et un regard plein d'affection. Notre Mère et toutes vos petites filles vous remercient bien profondément.

Votre petite fille qui vous aime
Marie de l'Eucharistie
r.c.i.

Toutes envoient de bons baisers à Léonie.

 

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