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De sœur Marie de l'Eucharistie à ses parents. 24-27 août 1896.

 


De sœur Marie de l'Eucharistie à ses parents. 24-27 août 1896.


+ Jésus

J.M.J.T.

Mon cher petit Père et ma chère petite Mère,

         J'écris à tous les deux puisque tous les deux vous êtes donné le mot pour être malades, le bon Dieu ne veut pas de jalousie, je veux comme Lui, aussi j'écris à mes deux chers malades.

Comme le bon Dieu est bon!... car s'il vous avait envoyé cette épreuve il y a un an, elle aurait semblé bien plus dure et à vous et à moi. Être plusieurs semaines sans se voir!... aurait été pour le cœur un bien grand [lv°] sacrifice au moment pénible de la séparation. Le bon Dieu le savait bien : « à brebis tondue II mesure le vent » et II ne voulait pas donner au-dessus des forces, II permettait que vous puissiez venir autant de fois que vous le vouliez. Maintenant II recommence à vous charger de sa Croix, II n'a rien de plus précieux à donner, c'est sa plus grande marque d'amour et bien souvent on est tenté de la refuser. Quand je fais mon chemin de la Croix et que j'arrive à la station où Jésus rencontre Simon le Cyrénéen, je pense toujours : Oh! si j'avais rencontré le bon Dieu en cet état, est-ce que je ne me [2r°] serais pas trouvée heureuse de lui aider à porter sa Croix, est-ce que je n'aurais pas couru pour prendre sa Croix à sa place ? Et le bon Dieu me fait sentir que je le rencontre bien souvent ainsi, qu'il me lance un regard d'amour et me demande de lui aider à porter sa Croix et que j'ai la méchanceté de lui refuser. Car chaque fois qu'il donne une croix, une épreuve, n'est-ce pas un bout de la sienne ? Il veut bien avoir besoin de nous pour sauver les pécheurs, II veut que nous le consolions, et nous le voudrions bien, mais pas dans la souffrance et c'est cependant le seul moyen.

         Le petit oiseau de Caen ( Jeanne La Néele. Dans sa lettre à Thérèse, le 22 août, elle annonce son départ pour Caen le lundi 24 et son retour à Lisieux le jeudi 27. D'où la date proposée pour la présente lettre) a dû reprendre son vol vers son pays, c'est pour cela que celui du Carmel vient aussi chanter sa petite chanson après son petit frère, il veut essayer de le remplacer, mais je crois qu'il ne sait pas aussi bien s'y prendre. Sa vie s'écoule toujours paisible et douce, sans accidents comiques, ou s'il y en a, ils ne le sont que pour les Carmélites qui rient de tout et de rien.

       Notre Mère va un peu mieux, mais ne peut encore manger, elle a essayé de manger un peu de poulet aujourd'hui, je ne sais s'il va passer. N'envoyez donc rien jusqu'à ce qu'on vous le dise, je vous ferai dire quand elle mangera. Quant à votre petit Benjamin, il ne peut vraiment aller mieux qu'il ne va tout à l'heure, il vous embrasse du plus fort de son cœur, embrassez-vous tous les deux pour moi et du plus fort que vous pourrez.

       M. le Curé de Navarre ne m'a pas encore répondu depuis un mois, je crois bien que ma lettre (vers le 17 juillet) été perdue ou bien qu'il est malade.

Votre petite fille Marie de 1' Eucharistie

       [lr°tv] Notre Mère vous envoie son plus affectueux souvenir. Nous prions beaucoup pour vous.

       Voudriez-vous m'envoyer le châssis-presse à photographier pour les faire prendre au jour sur papier. Il y en a un de resté à la maison.

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