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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Guérin. 3 juillet 1896.

 

De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Guérin. 3 juillet 1896.

 

+ Jésus                                 J.M.J.T.                                 3 Juillet

 

Ma chère petite Mère,

     Mon petit Père continue-t-il toujours à aller de mieux en mieux?... Je commence ma lettre en lui envoyant un gros baiser, et un gros baiser de fête encore, car c'est demain sa fête. Nous fêtons demain au Carmel Saint Isidore du 4 Avril (Voir LD 1152, note 1, en VT n° 125), nous allons lui faire un office en règle. Justement que cette semaine c'est ma Sr Thérèse de l'Enf. Jésus qui officie (elle est « hebdomadière » ou « semainière », depuis les vêpres du samedi 27 juin jusqu'à celles du samedi 4 juillet, étant sauf le rôle de la prieure, aux grandes fêtes, conformément au Cérémonial. On sait avec quelle joie Thérèse remplissait cet office au chœur cf. CJ 6.8.6) ; Mère Agnès de Jésus et Sr Geneviève sont versiculaires, ma Sr Marie du Sacré Cœur [lv°] est lectrice du Martyrologe et ma Sr Marie de l'Eucharistie dit une antienne et un Nocturne à Matines. Toute la famille fera donc quelque chose pour la fête St-Isidore et nous fêterons ce grand saint tout particulièrement.

     Ma chère petite mère, je commence aussi par te dire un Merci pour tout ce que tu nous donnes. Si j'énumérais, je n'en finirais pas. On nous apporte très souvent des roses du jardin et des fleurs blanches. Cela me touche bien de voir votre délicatesse en m'envoyant des fleurs blanches pour ma Ste Vierge (Notre-Dame du Mont-Carmel, dont la statue est sous le cloître, à la porte du chauffoir). Elles sont arrivées Mercredi et on s'est empressé de les mettre devant le St-Sacrement qui était exposé hier à l'oratoire (le 2 juillet est alors la fête de la Visitation de Marie), si bien que c'était mes chers parents qui avaient paré l'autel en entier.

     Je suis en ce moment-ci très occupée pour le 16 Juillet. Je fais avec ma Sr Geneviève un projet d'illumination pour ma Ste Vierge du cloître. Ce jour-là on y va en procession, ma Sr Geneviève m'a déjà fait une couronne, tu sais qu'elle a l'esprit très inventif, et cette année à la place d'une couronne de fleurs, elle aura une couronne de lumières. Elle aura aussi une espèce [2v°] d'ogive en petits verres d'illumination. Nous avons bien des petits verres mais nous n'avons pas de quoi mettre dedans pour illuminer, après avoir délibéré ensemble pour savoir si c'était contre la pauvreté de t'en demander, nous avons été trouver notre Mère qui nous a autorisées à demander 3 douzaines de pains (Petits pains de cire)pour verres à illumination. Pourrais-tu, ma chère petite Mère, me les faire acheter par tante Clémence pour quelques jours avant le 16 Juillet, aussitôt qu'elle voudra. — Ma fille arrive toujours le 11 juillet. C'est dans huit jours (cette postulante, dont Marie de l'Eucharistie devait être « l'ange » n'entrera pas).

     Je suis toujours très gaie, très heureuse, mange comme un loup, dors comme une marmotte et cours comme un lièvre... Es-tu contente?...

       Ma Sr Thérèse de l'Enf. Jésus n'a plus de vin de kola, cela lui a fait beaucoup de bien et si on pouvait en avoir encore, notre Mère serait bien contente, mais je ne sais si vous allez pouvoir nous en procurer. Elle va mieux, mais elle a encore bien souvent mauvaise mine. Elle ne souffre plus dans la poitrine ni ne tousse plus du tout. Il y a vraiment du mieux... Notre Mère la soigne si bien que ce n'est pas étonnant. Et moi donc, je suis soignée comme une vraie princesse, souvent le soir quand il fait bien chaud je vois entrer dans notre cellule [lr°tv] notre Mère qui après Matines m'apporte ou un verre de sirop de groseilles ou une limonade gazeuse. Qui boit toutes les bouteilles, les bonnes bouteilles       ici ?... C'est le Benjamin, il sait bien lever le coude, et quand il est un peu fatigué, je vous le dis bien bas, notre Mère lui donne un peu d'eau de vie pour lui redonner du ton et des forces; aussi moi je vous dis à mon tour, gâtez beaucoup notre Mère...Francis ne veut donc pas que je mange de lapin sauvage?... Il a peur sans doute que je ne paie ce lapin en purgatoire. Il a raison et je le remercie très cordialement de sa charité... Quel bonheur, je n'ai plus qu'une semaine à manger du gras !

Enfin, ma chère petite Mère, aujourd'hui je t'ai parlé d'autre chose que des commissions. J'étais désolée de remplir mes lettres de choses si peu intéressantes, d'autant plus que ma Sr Marie du Sacré Cœur me fait tourner la tête toutes les fois que j'écris, elle dit, se dédit, cela n'en finit plus (Marie du Sacré-Cœur remplit alors l'office de « provisoire »). Aussi aujourd'hui je lui ai caché que j'écrivais pour échapper à toutes ces misères. J'écrirai un de ces jours à M. le Curé de Navarre (l’abbé Levasseur, à Saint Germain de Navarre près d’Évreux ; il a prêché à la vêture de Marie le 17 mars).

       Je t'embrasse, ma chère petite Mère, bien bien fort. Donne de bons baisers à tous ceux qui t'entourent, Jeanne, Francis, tante José, Mme Lahaye et Léonie...

Ta petite fille qui t'aime

Marie de l'Eucharistie

... qui est [2r°tv] heureuse comme un poisson dans l'eau et qui ne regrette pas le bon coup qu'elle a fait en venant ici au Carmel. Dis-le à mon petit père en l'embrassant bien fort pour sa petite fille. — Notre Mère me gronde toujours parce que je ne te dis rien de sa part dans mes lettres, aussi aujourd'hui, je t'envoie de sa part un bon baiser comme celui qu'elle t'a donné le jour de ma prise d'habit (Mère Marie de Gonzague a fait un pas hors clôture pour embrasser Mme Guérin, ou a attiré celle-ci un instant, à la porte conventuelle, quand la postulante, en mariée, revenait de la cérémonie dans la chapelle extérieure pour rentrer dans le cloître).

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