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De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin - 12 octobre 1874.

 De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin. 12 octobre 1874.

V. + J.

De notre Mère du Mans

                                                                        le 12 octobre 74

                     Mon chère Frère et ma chère Sœur

Je m'empresse d'autant plus de vous répondre, chère sœur, que vous êtes dans l'inquiétude et la peine au sujet de votre intéressante petite nièce (Marguerite-Marie Maudelonde,âgée de 7 ans) : aussitôt nous avons commencé la neuvaine que vous avez demandée, nous la faisons au Sacré-Cœur; notre bonne Mère a eu la bonté de recom­mander la petite malade aux prières de la communauté; espérons que le Seigneur se laissera toucher et rendra la santé à cette chère petite, Il paraît d'après ce que J'en ai entendu dire que cette enfant est remarquable et tout à fait [1v°] privilégiée et prévenue des dons de nature et de grâce ce qui la rend doublement chère à ses parents; mais il faut avoir bon espoir qu'elle s'en tirera. Voyez, Marie est parfaitement guérie, il n'en reste plus de traces, pas plus pour le physique que pour le moral, son intelligence ne s'en ressent nullement.

Le Seigneur semble vouloir répondre au conseil que vous m'avez demandé lors de votre voyage au Mans; vous ne saviez que faire au sujet de la pension où était Jeanne; il vous déplaisait de la retirer et il ne vous plaisait pas de lui voir faire sa première communion dans une autre paroisse que la vôtre; réfléchissez maintenant à ce que vous devez faire, l'occasion est favorable, je prie beaucoup pour cela, car du bon choix d'une maison d'éducation dépend bien souvent le bonheur d'une jeune fille; surtout pour Jeanne qui sera bonne ou mauvaise selon l'éducation qu'elle recevra; le Seigneur [2r°] vous a confié une enfant de grande espérance, son intelligence, son cœur, son esprit ont besoin d'une main habile pour être dirigés, si cela lui manquait au lieu de la consolation que vous devez en attendre, ce serait de la désolation, mais rassurez-vous, je (. . . )

La dernière fois que je l'ai vue que j'en ai été charmée, elle était si gentille, si bien élevée qu'elle m'a fait un véritable plaisir!

 

Marie et Pauline sont rentrées; elles paraissent bien disposées et contentes d'être rentrées; aussi elles ont eu de tristes vacances, leur bonne ayant été très malade (Louise Marais), il a fallu la soigner et s'occuper du ménage, cela les a fatiguées, elles n'ont pas bonne mine, Marie se ressent encore de la fatigue, elle croit quelquefois qu'elle ne va pas pouvoir rester debout le temps de s'habiller. Zélie aussi en a été malade, le l'ai trouvée maigrie, à dire vrai je ne sais comment elle peut tenir à un genre de vie comme le sien; pour soigner Louise elle a pris des Srs pour la veiller [2v°l mais outre son travail de la journée il fallait se coucher à onze heures, souvent se lever à minuit, à deux heures, faire à manger pour la malade et outre cela se lever pour sa petite fille; dites-moi si elle ne se tue pas ! enfin je n'y peux que…

je voudrais lui voir prendre une autre bonne, c'est une chose urgente. Je le lui ai conseillé et de garder Louise qu'elle ferait travailler, soit à lever des morceaux ou piquer (travail du point d'Alençon); bien entendu elle serait à ses pièces et ce serait un bien pour cette pauvre fille qui a visiblement un travail au-dessus de ses forces chez ma sœur. je t'en prie mon cher Isidore engage-la à cela et à ne pas persister à vouloir s'en tenir à cette pauvre fille qui n'en peut plus, mais dont elle doit avoir pitié puisqu'elle n'a pas où se retirer.

Que vous dire encore, je n'ai plus de papier, mais pourtant je veux encore vous dire que votre visite m'a bien fait plaisir, parce que j'ai vu que le Seigneur était bien aimé et servi chez vous, rien ne peut m'être

plus agréable, continuez et progressez et vous serez bénis en ce monde et en l'autre.

Je vous embrasse de tout mon cœur ainsi que Jeanne et Marie que j’aime bien.

Votre Sr affectionnée

Marie‑Dosithée Guérin

De la Von Ste Marie

D.S.B

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