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De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin - 29 janvier 1876

 

De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin. 29 janvier 1876

 

V. + J.

De notre Mère du Mans

                                                                     le 29 janvier 76

Mon cher Frère et ma chère sœur

Aujourd'hui fête de notre St Fondateur (Saint François de Sales) j'ai bien prié pour vous et la réussite de vos affaires et j'espère être exaucée; il était si bon sur la terre, il ne le sera pas moins au Ciel. Quel bonheur d'être sa fille ! je ne puis me taire sur la reconnaissance que je dois à Dieu d'être venu me choisir, moi pauvre misérable créature et de me donner une si belle et si sainte vocation, quelle grâce ! que je voudrais y répondre dignement, aidez-moi par vos prières afin que ma vie réponde à la sainteté de mon état; car comme vous savez, noblesse oblige; il ne me servirait de rien de porter l'habit religieux si je n'en avais pas les vertus.

J'ai vu avec plaisir que votre droguerie commence à s'acheminer, ayez bon courage, le Sacré-Cœur vous sera propice; voyez-vous tout tourne au bien de ceux qui aiment Dieu (Rm 8, 28), si vous [l v°] aviez réussi dès le commencement, cela n'aurait probablement pas été pour le mieux; il aurait été difficile d'échapper à la vaine complaisance en son savoir-faire et dans son industrie; de là naît secrètement et sans s'en rendre compte un jugement peu favorable pour ceux qui réussissent moins bien; au lieu de cela vous voyez que tout votre génie a échoué; maintenant Dieu peut sûrement vous envoyer le succès, il n'y aura pas de danger que vous vous attribuiez rien, vous Lui en renverrez toute la gloire et votre reconnaissance sera parfaite; reste à vous rendre digne de cette grâce que j'espère fortement; je trouve tant de marques que le Seigneur veut nous exaucer : cette neuvaine entreprise avec tant d'ardeur, je ne dis pas moi mais par vous, qui êtes si pleinement entrés au delà même de mes espérances. Si le Seigneur n'avait pas voulu vous exaucer vous n'auriez pas entrepris si spontanément des pratiques si longues et multipliées, et non seulement vous, mais Mme Maudelonde qui naturellement n'est point portée à de semblables exercices. Enfin, ne doutez point de l'intervention de la Ste Vierge dans cette affaire, c'est un fruit du voyage de Lourdes j'étais loin, de soupçonner l'état de vos affaires [2r°l et les ayant apprises j'ai prié le Seigneur de venir à notre aide et il nous a inspiré la neuvaine. Je vois de plus, dans le succès de vos affaires, une grâce inestimable qui vous rendra, non seulement dévots au Sacré-Cœur, mais ses apôtres dans cette ville; car la reconnaissance vous fera une loi de propager son culte. Notre neuvaine finira justement au mois de Juin qui est le mois consacré au Sacré-Cœur. J'ai pensé que vous feriez peut-être bien d'entretenir une lampe tout le mois à son autel, je me trouve justement chargée de cet autel, si vous l'agréez vous me le direz et j'y mettrai une petite lampe, cela ne vous coûtera pas plus de trois francs.

Vous me dites toujours que mes lettres vous font tant de bien, c’est une grâce que le bon Dieu vous accorde; Il veut vous consoler par ce moyen, car en elles-mêmes, il n'y a rien qui puisse être intéressant, je suis sûre qu'elles ne plairaient à personne, je n'ai le don ni de parler, ni d'écrire, mais dans les mains de Dieu tout est bon.

Je vois avec bonheur que vous vous portez bien j'espère que la Sainte Vierge a guéri mon frère et que la maladie ne reviendra pas; N. D. de Lourdes lui a été bien favorable sous tous les rapports.

Je suis heureuse ma chère et bonne Sœur que vos inquiétudes de conscience se soient calmées, je [2v°] souffrais de vous savoir en cet état, sachant combien cela rétrécit le cœur et rend incapable de pouvoir s'appliquer au service de Dieu; vous avez besoin d'une grande confiance qui vous dilate et vous fasse marcher avec confiance et amour.

Je ne sais si à Lisieux, vous avez comme au Mans, une association pour l'observation du dimanche.

Ici bientôt tous les magasins seront fermés, il parait même qu'au chemin de fer les trains de marchandises n'iront pas; espérons, car c'était surtout la transgression du repos du dimanche qui avait attiré tant de fléaux sur notre pauvre patrie; j'espère que Dieu nous voyant nous convertir et revenir à lui, nous pardonnera et que nous verrons des jours meilleurs.

Ma petite Pauline continue d'être sage; elle a remporté les rubans d'honneur, d'application et d'ouvrage; elle est remarquable par son désir de me faire plaisir; je n'ai besoin que de lui témoigner qu'une chose me fait peine ou plaisir pour qu'elle s'efforce ou de l'éviter ou de la faire. Je pense qu'en grandissant vos petites filles feront de même, elles ont un si bon cœur que vous en pourrez faire ce que vous voudrez.

J'ai été très heureuse de savoir que vous aviez un élève plus sta­ble (élève en pharmacie, suivant Eugène Renault entré le 13 avril 1875 et parti le 31 janvier 1876), je souffrais de vous voir dans un perpétuel changement, ce pauvre Monsieur me fait pitié, il a dû avoir beaucoup de peines.

[2v°tv] Je me porte bien, j'ai bien passé mon hiver grâce à tous les soins dont j'ai été l'objet, notre bonne Mère est si bonne que j'en suis dans un perpétuel enthousiasme. Mon pied va bien aussi, quoique non guéri.

[2r°tv] Je termine en vous embrassant de tout mon cœur et en vous assurant de ma sincère affection, je sais que vous n’en doutez pas, comme je ne doute pas de la vôtre.

Votre Sr affectionnée

Sr Marie Dosithée Guérin

De la Von Ste Marie

D. S. B.

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