Imprimer

De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin (et à Mme Martin) - 28 janvier 1877.

 

De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin (et à Mme Martin)

28 janvier 1877.

De notre Mère du Mans

le 28 janvier 1877

 

Mon cher Frère et ma Chère Sœur,

Je ne puis résister au besoin de vous écrire encore quelques lignes; malgré ma grande fatigue. Voilà la journée bientôt finie, et je commence, n’ayant pas eu le courage de commencer plus tôt.

Je veux encore vous remercier de votre affection pour moi et de la lettre si affectueuse et pleine de bonté que ma chère Sœur m’a envoyée; j’ai bien à remercier le bon Dieu de m’avoir donné une si bonne famille. Merci mon bon frère, merci ma chère sœur; Dieu, Dieu seul sera votre récompense, je vous ai remis à ses soins, je suis tranquille sur vous, vous réussirez; mais alors dans la prospérité, ne vous élevez pas, que vos goûts et votre train de vie soient modestes; faites part de votre abondance aux pauvres, et vous verrez arriver votre dernier (1v°) jour avec un visage riant. Maintenant cher frère pardon oh oui pardon j’ai bien à me reprocher à ton égard dans ton éducation, mais tout cela venait de ce que je ne savais pas m’y prendre car le cœur n’a jamais manqué une seule minute.

Je t’en dis autant, ma chère Zélie; mes forces ne me permettent pas de t’écrire, mais merci, pardon; je t’ai toujours aimée, tu le sais!

Je sens que vous désirez que je vous parle un peu de moi : je m’affaiblis insensiblement, le mal suit son cours tout doucement; hier je ne pouvais faire quelques pas dans la chambre sans être en danger de m’évanouir, je crois qu’aujourd’hui je ne vaux guère mieux : j’ai les pieds et les jambes prodigieusement enflés et couverts d’érythèmes, mais c’est peu douloureux, la main gauche commence à enfler, c’est peu, de chose, c’est‑à-dire qu’au lieu d’une main maigre, c’est une main potelée; enfin je sens la vie me quitter peu à peu; ma gorge aussi est malade ; je puis encore aller assez longtemps car tout va tout doucement et je mange encore pas mal. Je puis aussi tous les jours faire la Ste Communion, ce qui est tout pour moi. Le bon Dieu est si bon que je suis plus forte à ce moment là que deux heures plus tard. Tout le monde est si bon pour moi ici que j’en suis parfois comme étouffée. N. T. H. Mère en particulier me comble de soins et d’attentions inouïs, le Sacré-Cœur seul peut récompenser tant de dévouement.

Adieu, cher Frère, adieu chère sœur, adieu chère Zélie, réunissons-nous tous dans le Sacré-Cœur vous m’y trouverez toujours, car j’y mourrai et j’y resterai toute l’éternité. Les chères petites nièces, je les remercie de leurs bonnes prières et je prie N. S. de les bénir, comme je l’ai prié de bénir leurs cousines.

Votre sœur toute dévouée et affectionnée.

Sr M. Dosithée Guérin

De la Von Ste Marie

D. S. B.

Retour à la liste des correspondants