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De sœur Marie‑Dosithée à Mme Guérin - 16 juillet 1876.

 

De sœur Marie‑Dosithée à Mme Guérin. 16 juillet 1876.

 

V. + J.

De notre Mère du Mans

                                                                        le 16 juillet 76

                   Ma chère Sœur,

S'il n'y avait pas aussi longtemps que je vous ai écrit, je ne le ferais pas aujourd'hui puisque dans trois semaines je dois avoir le bonheur de vous voir, avec le cher frère et toute la petite famille, ce qui me procurera une vraie satisfaction. J'espère qu'il ne se trouvera pas d'empêchements d'ici là et que la maladie de notre chère petite Jeanne n'aura pas de suite. Vous avez très bien fait de la retirer de pension avant les vacances. Moi aussi, j'ai eu bien des inquiétudes et de l'embarras avec ma petite Pauline, qui depuis bientôt un an a des migraines fréquentes et qui finissaient par devenir presque journalières; voyant qu'elle ne pouvait pas s'appliquer comme son ardeur dévorante le demandait, elle s'affligeait et[ 1v°] pleurait le soir dans son lit. J'ai pris le parti de l'envoyer à sa mère (vers les 11‑14 juin); elle est restée douze jours à Alençon et est revenue avec sa sœur pour la retraite; après, il y avait si peu de temps, qu’elle est restée pour finir son année, je ne sais si elle reviendra l'an prochain; si, pendant les vacances elle se remet assez sa mère la ramènera, sinon elle la gardera ce serait regrettable si elle ne pouvait pas revenir, mais tout ce que le Seigneur permettra sera pour le mieux.

Vous me faites bien pitié avec tous vos employés je vois que mon frère est fait pour rencontrer bien des croix et des épines en ce monde. Si le proverbe qui dit que les bons maîtres font les bons serviteurs est vrai, essayez de ce moyen ! Il est vrai que vous êtes bons, seulement, vous ne rencontrez pas des personnes qui partagent vos bons sentiments, et voilà le mal, il y a si peu de gens comme il faut aujourd'hui que c'est déplorable !

Enfin ne vous découragez pas, le Bon Dieu bénira vos efforts, priez-le à cette intention et quoique vos employés ne soient pas dignes de votre confiance, il faut cependant leur en témoigner, vous ne [2r°] sauriez croire comme cela ouvre le cœur et les dispose à faire ce que vous désirez d'eux. S'ils sont jeunes, que le maître les appelle mes enfants, vienne avec empressement leur communiquer une petite nouvelle qu'il aura apprise dans son journal, leur témoigne de l'intérêt comme un Père à ses enfants, qu'il n'ait point l'air de se défier et de se cacher d’eux, quoique pourtant il le fasse mais si adroitement qu'ils ne puissent s'en apercevoir; qu'il soit le premier à excuser une petite maladresse et leur épargne la confusion de n'avoir pas compris ce que l’on voulait d'eux. Je vous assure que vous gagnerez le cœur de plusieurs et vous vous les attacherez, il est vrai que c'est assez difficile d'agir ainsi, il faut avoir un grand empire sur soi, mais vous êtes si vertueux que vous le ferez bien et que par là même, vous pourrez avoir un véritable ascendant sur eux et les rendre bons.

Je suis enchantée de l'heureuse idée que vous avez eue de faire reposoir; je suis sûre que cela attirera les bénédictions du ciel sur vous et sur votre famille. Quoique notre neuvaine soit finie, je ne cesse d'espérer que le Seigneur vous exaucera.

Je ne sais si vous savez le grand malheur arrivé à notre Communauté : notre chère [2v°] Mère Thérèse de Gonzague de Freslon nous a quittées le 19 mai dernier!. . . Vous dire la peine que je ressens de la perte de cette vénérée et Bien-aimée Mère est inutile; j’ai fait dans cette circonstance ce que je fais toujours lorsque je redoute une chose, je n'ai pas voulu croire, sinon les derniers jours. Vous comprenez toutes les raisons que j’avais de l'aimer, c'était elle qui m'avait reçue dans la maison et à la Ste Profession; elle avait guidé mes pas dans la vie religieuse, ensuite elle vous portait à tous un très grand intérêt, pour vous le dire en un mot c’était une vraie sainte, N. S. nous a redonné pour Supérieure N. T. H. sœur la déposée ; c’est bien aussi une vraie et bonne Mère, mais au lieu de deux, nous n’en avons plus qu'une, quoique pourtant je ne doute pas que notre chère défunte ne nous protège du haut du Ciel.

Ma santé continue d'être bien mauvaise quoique le mal ne soit pas sans remède. Je ne vous donnerai pas davantage de détails là-dessus, puisque vous devez venir dans trois semaines. Excusez mon griffonnage, il y a longtemps que je n'ai écrit, la main me tremble, je ne puis rien faire de passable

Je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que le cher Frère et les petites filles.

Votre Sœur affectionnée

Sr M. Dosithée Guérin

de la Von Ste Marie

DSB.

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