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De sœur Marie du Sacré-Cœur à Mme Guérin - 19 juillet 1894.

 

De sœur Marie du Sacré-Cœur à Mme Guérin. 19 juillet 1894. 

J.M.J.T.

Jeudi

Jésus !

Ma chère petite Tante

C'est à vous que j'adresse ma première lettre à la Musse et à vous, aussi la première que j'envoie une petite poésie de Thérèse de l'Enf. Jésus qui me plaît beaucoup (Mon Chant d’Aujourd'hui...PN 5) et qui je crois vous plaira aussi. N'ayant point le talent de composer de si belles choses je me sers du concours des autres et après j'en fais part à mes amis... Je lui avais demandé pour ma fête de me faire des vers, vous voyez comme elle s'en est bien acquittée... [lv°] J'avais promis à Céline de les lui donner et je n'ai pas encore tenu à ma promesse. Vous voudrez bien n'est-ce pas, ma chère Tante, les lui montrer afin qu'elle les copie si cela lui fait plaisir.

Maintenant j'ai de gros mercis à vous adresser pour l'arrivée d'une boîte de thon qui a réjoui le cœur de la pauvre provisoire. Vous ne savez peut-être pas que je suis provisoire depuis trois semaines (elle veille à l'ordonnance des repas), aussi je suis plus contente que jamais des cadeaux que l'on fait à la cuisine du Carmel. Autour des marmites et des casseroles je soupire quelquefois à la vue de cette sainte pauvreté qui me condamne à donner à mes sœurs si maigre chère ! Enfin je me console en pensant que c'est une [2r°] des meilleures voies pour aller au Ciel où le bon Dieu nous prépare un si beau festin. Alors la richesse fera place à la pauvreté. Et quelle richesse ! !... Jamais roi de la terre n'en a vu de semblable. Je me réjouis à l'avance de toutes les joies du paradis. Vous allez peut-être croire, ma chère petite Tante, que je trouve la vie bien dure. Oh ! mais non, détrompez-vous. Je la trouve heureuse, la vie du cloître, je ne l'échangerais pour rien au monde, même pas pour le petit paradis terrestre de la Musse. Je crois pourtant que vous devez y être bien heureux là réunis en famille. [2v°] Je souhaite à ma chère petite Jeanne et à Marie de prendre des forces et une bonne provision de gaieté, ce qui je crois ne leur manque pas.

Voici les Vêpres, adieu ma Tante chérie, je vous embrasse tous comme je vous aime et ce n'est pas peu dire.

Votre petite fille

Sr M. du S. Cœur.

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