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De Mme Martin à sa fille Pauline CF 101 - 14 mai 1873.

 

Lettre de Mme Martin CF 101

A sa fille Pauline

14 mai 1873.

Ma chère petite Pauline,

Tu vas être bien contente d'apprendre que Marie s'est levée et qu'elle est venue à table avec nous aujourd'hui; elle a mangé un bon petit morceau de bifteck et, si on l'avait écoutée, elle en aurait pris bien davantage. Mais, je ne lui donne à manger qu'en tremblant, j'ai si grand peur d'une rechute qui pourrait la faire mourir ! Ton père n'est pas aussi raisonnable que moi; je suis bien souvent obligée de l'empêcher de lui donner ce qu'elle demande.

Elle a été levée quatre heures. On l'a installée dans un grand fauteuil au jardin, puis on l'a recouchée; mais elle a voulu se lever de nouveau pour souper avec nous. J'ai lutté vivement pour qu'elle ne le fasse pas, elle s'est mise à pleurer et le papa a cédé !

Je ne voulais pas non plus qu'elle prenne autre chose que son vermicelle; oui, mais elle a vu bien des mets sur la table, qui lui faisaient envie; son père lui a donné deux bouchées de fromage, et puis ceci et cela...

On vient de la remonter dans sa chambre; on lui aide à marcher en la soutenant sous les bras, comme on le fait à ta petite sœur Thérèse; enfin, j'espère qu'elle marchera bientôt sans soutien, je ne crains plus que les imprudences. Elle a encore de la fièvre l'après‑midi, je trouve même qu'elle l'a un peu plus forte aujourd'hui qu'hier, je crois que c'est la fatigue d'avoir été levée si longtemps; mais sa fièvre ne l'a pas empêchée d'avoir grand faim et on la couche avec la faim.

Nous avons reçu, hier, toutes tes petites lettres, et Marie en a été si heureuse ! C'est à 7 heures et demie du matin que Melle Pauline nous les a remises. Elle est entrée voir notre malade avec sa sœur, Mme Benoît; elles sont restées longuement à nous expliquer tout ce que tu avais dit au sujet de Marie, qui a été bien contente de voir que tu l'aimais tant. Mais elle voudrait, maintenant, que tu te réjouisses en pensant que tu viendras bientôt, car il est convenu que ta marraine ira te prendre le 31 mai.

Nous avons donc encore quinze jours à attendre. C'est bien long, nous avons tous grand désir de te voir. Pour moi, je ne peux plus y tenir, il faut que je t'embrasse coûte que coûte.

Cela se trouve à merveille que Melle Pauline aille au Mans à cette date; je voulais, justement, que tu viennes ce jour‑là. Si tu étais arrivée plus tôt, tu n'aurais pas eu de plaisir, Marie étant encore trop malade, tu n'aurais pu te promener avec elle.

J'espère bien qu'elle fera sa première sortie le jour de l'Ascension, pour aller à la messe de huit heures. Vois donc, ma Pauline, comme nous serons heureux, et comme tu as bien fait de consentir à ne pas venir aux vacances de Pâques, tu en seras bien dédommagée, je t'assure.

Marie a passé sa matinée, hier, à lire toutes ses lettres et à contempler ses belles images; elle te charge de remer­cier ses compagnes pour elle et surtout Sœur Marie‑Paula (Première Maîtresse du Pensionnat). Elle est bien heureuse d'avoir le ruban d'Honneur, mais elle ne sait pas si elle le mérite véritablement et cela porte une ombre à son bonheur. Elle me prie aussi de dire à sa tante qu'elle l'aime de tout son cœur.

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