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De Mme Martin à sa fille Pauline CF 102 - 22 mai 1873.

 

Lettre de Mme Martin CF 102

 

A sa fille Pauline

Ma chère Pauline,

22 mai 1873.

C'est aujourd'hui le beau jour de l'Ascension, j'en profite pour t'écrire; ce sera la dernière fois avant que tu sortes, puisque Mlle Pauline te prendra le 3I mai. Nous n'avons plus que huit jours à passer sans nous voir; Marie en parle sans cesse, mais elle est prête à pleurer quand elle pense à ton départ. I1 faudra cependant s'y résigner, le plaisir ne peut durer toujours.

Tes vacances arrivent tout à fait bien; il y a de grandes fêtes qui se préparent à Alençon en ce moment, à l'occasion d'une Exposition. Elles commenceront le jour de la Pente­côte, soit le lendemain de ton arrivée. I1 y aura des feux d'artifice, des ballons, la retraite aux flambeaux tous les soirs, pendant huit jours, et mille autres choses que je n'ai pas le temps de t'écrire. Jamais tu n'auras vu rien de pareil à Alençon. Pour moi, tout cela ne m'amuse point, mais pour toi ce ne sera pas de même.

Marie a été ce matin à la messe de huit heures Elle était un peu fatiguée quand elle est rentrée. Je viens de la faire coucher. Maintenant, on ne l'empêche plus de manger, cependant, il ne faut pas encore aller trop vite. Elle reste debout presque toute la journée.

On se réjouit bien chez nous de ton arrivée; on fait faire tout ce que l'on veut à la petite Céline quand on lui dit: « Si tu fais cela, Pauline viendra. »

Nous irons de lundi en huit, en voiture, voir la petite Thérèse; elle est bien forte à présent. Je l'ai vue jeudi dernier, sa nourrice l'a amenée, mais elle ne veut pas rester avec nous et jette des cris perçants quand elle n'aperçoit plus sa nourrice. Aussi Louise a‑t‑elle été obligée de la porter au marché, où la « petite Rose »était à vendre son beurre, il n'y avait plus moyen d'y tenir.

Dès qu'elle a vu sa nourrice, elle l'a regardée en riant, puis n'a plus soufflé mot; elle est restée comme cela, à vendre du beurre avec toutes les bonnes femmes, jusqu'à midi ! Pour moi, je ne puis la porter longtemps sans être bien fatiguée; elle pèse quatorze livres. Elle sera très gentille et même très jolie plus tard.

Ton père part mardi en pèlerinage à Chartres; il ne sera de retour que mercredi dans la nuit.

Adieu, ma chère Pauline, je t’embrasse de tout mon cœur.