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De Mme Martin à M. Martin CF 108 - 31 août 1873.

 

Lettre de Mme Martin CF 108

 

A M. Martin

Lisieux, 31 août 1873.

Mon cher Louis,

Nous sommes arrivées, hier soir, à quatre heures et demie; mon frère nous attendait à la gare et était enchanté de nous voir. I1 fait tout ce qu'il peut, ainsi que sa femme, pour nous procurer des distractions.

Ce soir, dimanche, il y a belle réception chez eux en notre honneur. Demain lundi, départ pour Trouville; mardi, grand dîner chez Mme Maudelonde et peut‑être promenade en voiture à la maison de campagne de Mme Fournet. Les enfants sont ravies; si le temps était beau, elles seraient au comble du bonheur.

Mais moi, je suis dure à la détente ! Rien de tout cela ne m'intéresse ! Je suis absolument comme les poissons que tu tires hors de l'eau; ils ne sont plus dans leur élément, il faut qu'ils périssent !

Cela me ferait le même effet si mon séjour devait se pro­longer beaucoup. Je me sens mal à l'aise, je ne suis point dans mon assiette, ce qui influe sur le physique et j'en suis presque malade. Cependant, je me raisonne et tâche de prendre le dessus; je te suis en esprit toute la journée; je me dis: « Il fait telle chose en ce moment. »

Il me tarde bien d'être auprès de toi, mon cher Louis; je t'aime de tout mon cœur, et je sens encore redoubler ­mon affection par la privation que j'éprouve de ta présence; il me serait impossible de vivre éloignée de toi.

J'ai assisté, ce matin, à trois messes: je suis allée à celle de six heures, j'ai fait mon action de grâces et mes prières pendant celle de sept heures, et je suis retournée à la grand' messe.

Mon frère n'est pas mécontent des affaires; elles vont assez bien.

Dis à Léonie et à Céline que je les embrasse tendrement et que je leur apporterai un souvenir de Lisieux.

J'essaierai de t'écrire demain, si c'est possible, mais je ne sais à quelle heure nous rentrerons de Trouville. Je me presse; on m'attend pour faire des visites. Nous revenons mercredi soir, à sept heures et demie. Que cela me paraît long !

Je t'embrasse comme je t'aime. Les petites filles me recommandent de te dire qu'elles sont bien contentes d'être venues à Lisieux et elles t'embrassent bien fort.

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