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De Mme Martin à Mme Guérin CF 117 - 1er juin 1874.

 

Lettre de Mme Martin CF 117

 

A Mme Guérin

1er juin 1874.

. . . Je savais que vous aviez appris par la tante du Mans [lire sa lettre], le départ du Pensionnat de ma pauvre Léonie. Comme vous le pensez, cela m'a vivement contrariée; ce n'est pas assez dire, cela m'a fait une profonde peine qui persiste toujours. Je n'avais d'espérance qu'en ma soeur pour réformer cette enfant et j'étais persuadée qu'on la garderait, mais ce n'était pas possible, malgré la meilleure bonne volonté, ou il aurait fallu qu'elle fût séparée des autres enfants. Dès qu'elle se trouve en compagnie, elle ne se possède plus et se montre d'une dissipation sans pareille.

Enfin, je n'ai plus de foi qu'en un miracle pour changer cette nature. I1 est vrai, je ne mérite pas de miracle et, cepen­dant, j'espère contre toute espérance. Plus je la vois difficile, plus je me persuade que le bon Dieu ne permettra pas qu'elle reste ainsi. Je prierai tant qu'il se laissera fléchir. Elle a été guérie, à l'âge de dix‑huit mois, d'une maladie dont elle devait mourir; pourquoi le bon Dieu l'aurait‑il sauvée de la mort, s'il n'avait pas sur elle des vues de miséricorde ?

J'aurais bien voulu la conduire au Pèlerinage de Paray-­le‑Monial, qui part le 25 juin, parce que c'est par l'inter­cession de la Bienheureuse Marguerite‑Marie qu'elle a été guérie autrefois, mais je ne pourrai m'absenter à ce moment‑là. En revanche, je compte la mener, tous les ans, à Notre‑Dame de Séez, le jour de l'Immaculée‑Conception.

Si j'ai bien des peines au sujet de ma Léonie, grâce à Dieu, j'ai de la consolation d'autres côtés. Marie et Pauline sont ‑aussi bonnes que possible, Céline et Thérèse promettent beaucoup; il n'y a qu'une chose qui me tourmente pour Céline, c'est qu'elle est d'une maigreur effrayante; elle grandit très vite. Je crains toujours qu'elle ne fasse comme ma petite Hélène.

Quant à ma Thérèse, œ n'est pas la même chose, je n'ai jamais eu d'enfant si forte, excepté la première; elle paraît très intelligente; je suis bien heureuse de l'avoir, je crois que ce sera la dernière. Elle sera belle et déjà elle est gracieuse; j'admire sa petite bouche, que la nourrice me disait « grande comme un z'yeu ! »

 

Je vous embrasse de tout coeur ainsi que mon frère,

Votre soeur affectionnée,

Z.Martin

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