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Lettre de Mme Martin à Mme Guérin CF 120 - 24 juillet 1874.

 

Lettre de Mme Martin CF 120

 

A Mme Guérin

24 juillet 1874.

Je suis bien aise que vous ayez fixé votre voyage à Alençon pour le 15 août, cela nous fera un jour de plus à passer ensemble. Ne vous inquiétez pas du souci que vous me donnerez; cela n'en est point pour moi, mais un grand plaisir. Je ne me donne pas souvent de récréation, je puis bien sacrifier quelques jours dans une année.

Je me réjouis de voir toutes nos petites filles réunies, il faut bien qu'elles se connaissent [Jeanne et Marie à l'époque] ; dites à Jeanne que nous lui avons fait un joli petit jardin, tout près de celui qu'elle avait autrefois et qui n'existe plus, car on a mis à la place un banc de pierre.

Les vacances des enfants commenceront le 3 août; quelle fête elles vont se faire de savoir que vous viendrez ! Elles m'ont écrit, voilà deux jours; Pauline me dit qu'elle n'aura probablement que deux prix, elle a grand peur que j'aie du chagrin; elle me recommande bien de ne pas en avoir, parce qu'elle a fait tout ce qu'elle a pu, et cela est bien vrai, car elle est la plus studieuse de sa classe et dans les premières, quoique la plus jeune.

Marie me dit aussi qu'elle ne compte pas en avoir beau­coup, que les maîtresses sont très embarrassées, parce qu'elles sont quatre ou cinq aussi savantes les unes que les autres ! Pauline apprend le dessin et y fait des progrès remarquables;

les religieuses m'ont assuré qu'elle avait des dispositions étonnantes, non pour une chose, mais pour tout en général.

J'ai bien de la satisfaction avec mes deux aînées et, d'un autre côté, j'ai un chagrin profond de voir Léonie comme elle est; parfois, j'espère, mais souvent je me décourage. Ma sœur m'a dit, cependant, qu'elle avait la conviction que Léonie deviendrait une sainte.

Elle va prendre des leçons, l'après‑midi, chez deux vieilles demoiselles (anciennes religieuses), qui ont fait la classe autrefois et qui s'en tirent au mieux. Je suis contente de les avoir trouvées, mais c'est pénible d'être obligé d'en venir à cela, car elle serait bien mieux avec ses sœurs.

A bientôt le bonheur de nous voir; j'espère que la situation politique ne nous en empêchera pas, ni cette année, ni la prochaine. Jamais je n'ai été si tranquille sous ce rapport, je ne m'occupe pas plus des événements extérieurs que ma petite Thérèse ! Je ne m'en suis que trop souciée; j'en suis lasse à un tel point que rien ne m'émeut plus. J'ai entendu trop d'avis de toutes sortes, et constaté finalement que rien ne tournait comme on le pensait et disait.

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