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De Mme Martin à Mme Guérin CF 123 - 11 octobre 1874.

 

Lettre de Mme Martin CF 123

A Mme Guérin

11 octobre 1874.

Votre lettre d'hier, tout en me faisant plaisir, m'a attristée. Je pense constamment à cette pauvre petite Marguerite Maudelonde. Cependant, d'après ce que vous me dites, il n'y a pas lieu de s'alarmer; ordinairement, une fièvre muqueuse n'est pas dangereuse. Et pourtant, je comprends votre inquiétude ! Elle est si parfaite, cette petite. Ces enfants‑là sont plus vite partis pour le Ciel que les autres. Mais il faut bien espérer que le bon Dieu la laissera se per­fectionner encore davantage, pour le bonheur de ses parents et l'édification de tous. Je serais bien aise d'avoir de ses nouvelles.

Ce que vous me dites de Jeanne m'étonne; je l'ai vue si raisonnable pendant son séjour à Alençon. Ma sœur m'en parlait, mercredi dernier, quand j'ai été conduire les enfants; elle la trouve charmante et bien élevée. Elle a été émerveillée de la voir rester si sage, tranquille sur sa chaise comme une grande personne: « Elle raisonnait comme un ange », m'a‑t‑elle dit. Enfin, elle est ravie de tout votre monde:  « Mon frère est meilleur que moi, sa femme est délicieuse et ses enfants sont des bijoux. » Ce n'est pas à moi que l'on ferait des compliments si flatteurs (il est vrai que je ne les mérite guère !)

Je suis tranquille aujourd'hui; la bonne est partie hier, chez ses parents. Elle a été, pendant plusieurs jours, reprise de ses douleurs et percluse de tous les membres, avec cela, impossible d'avoir quelqu'un pour la remplacer. La per­sonne que j'attendais est tombée malade et je n'ai pu avoir la Sœur garde‑malade qu'une seule nuit. Mon Dieu, quelles tristes vacances !

J'ai eu tant de fatigues que j'en ai été malade à mon tour. La fièvre ne m'a pas quittée pendant trois ou quatre jours, j'avais mal à la gorge et il fallait cependant que je reste debout une partie des nuits, à soigner la bonne. J'ai bien pris une femme de journée, mais je crois que j'avais encore plus de mal. Si Louise continue à avoir une aussi mauvaise santé, je suis bien décidée à arrêter une autre domestique. Je la garderai, elle, puisqu'elle veut rester, mais je ne la paierai pas pour la soigner.

Céline ne va pas encore en pension; je projette de la mettre demi‑pensionnaire à l'Adoration, vers Pâques; mais je veux qu'elle passe cet hiver à la maison, cela nous donnerait trop de fatigue de la conduire si loin deux fois par jour, surtout avec une bonne qui ne peut pas se traîner. Avec cela, il faut mener Léonie chez ses bonnes Sœurs et aller la cher­cher. Elle a été au grand catéchisme, aujourd'hui, et elle fera sans doute sa première Communion au mois de juin prochain.

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