Imprimer

De Mme Martin à Mme Guérin CF 124 - 8 novembre 1874.

 

Lettre de Mme Martin CF 124

 

A Mme Guérin

8 novembre 1874.

Je suis bien heureuse de savoir la petite Marguerite à peu près rétablie, car je craignais, malgré tout, beaucoup pour elle. Ce genre de fièvre règne actuellement à Alençon; il vient de mourir une jeune fille de douze ans, qui était l'unique consolation de sa mère, veuve depuis peu.

Cette pauvre femme ne vivait que pour sa fille, c'était la plus charmante enfant qu'on puisse voir; elle était aussi bonne que belle et avait converti sa mère, qui ne pratiquait pas Elle disait, pendant sa maladie, qu'elle était bien heureuse de mourir, et que le bon Dieu ne la guérirait pas. Enfin, elle est morte comme une sainte; il me semble que si j'avais une enfant comme celle‑là, je serais heureuse, quand bien même le bon Dieu me la prendrait.

Et Jeanne ? Va‑t‑elle en classe ? Sa maîtresse est‑elle guérie ? Ou l'avez‑vous mise dans une autre pension ? C'est une grande difficulté d'avoir les petites chez vous, n'ayant pas de jardin Quel dommage d'être si loin les uns des autres; elles viendraient s'amuser avec Céline. Celle‑ci a une excellente nature et sera facile à corriger; mais elle est trop gâtée par la domestique; cependant, j'y ai mis bon ordre et cela va mieux.

Puisque je parle de la bonne, je vous dirai qu'elle est tout à fait guérie, au‑delà de ce que j'espérais. Elle se porte mieux qu'avant sa maladie et fait maintenant tout son ouvrage; moyennant que je l'aide comme par le passé. D'ailleurs, une personne seule ne peut suffire à tout chez nous, mais je préfère me gêner un peu, plutôt que d'avoir deux servantes, qui m'embarrasseraient, plus qu’elles ne m’aideraient.

 Ma petite Thérèse devient de plus en plus gentille, elle gazouille du matin au soir; elle nous chante de petites chansons, mais il faut y être habitué pour les comprendre; elle est très intelligente et fait sa prière comme un petit ange, c'est idéal !

J'attends des nouvelles de mes deux aînées; il y aura demain quinze jours que je n'en ai reçu; elles allaient tou­jours très bien et la tante en était contente, quoiqu'elle soit loin de les trouver parfaites.

Retour à la liste des correspondants