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De Mme Martin à Mme Guérin CF 127 - 13 janvier 1875.

 

Lettre de Mme Martin CF 127

A Mme Guérin

13 janvier 1875.

J'ai été assez longtemps sans répondre à votre lettre, mais vous êtes si bonne que vous m'en excuserez. Je devais le faire dimanche dernier, et j'ai laissé encore votre lettre de côté pour écrire à d'autres, que j'aime cependant bien moins que vous, mais qui auraient été moins indulgents.

Je commence par vous remercier de vos souhaits et vous prie d'accepter les miens qui sont, certes, aussi sincères. J'espère fermement que le bon Dieu vous fera prospérer un jour. Si l'épreuve se prolonge encore un peu de temps, il faut prendre courage, « celui qui espère en Dieu ne sera jamais confondu. »

J'ai donc eu mes grandes filles pendant quatre jours; c'était court, mais il fallait bien se conformer au règlement. J'ai reçu de leurs nouvelles hier, elles me disent que celles qui ont tardé, un jour, à rentrer, ont eu une punition très sévère. Elles ont été enchantées de leurs sacs de voyage qu'elles ont emportés avec elles comme vous le pensez bien ! Elles vous en remercient mille fois.

J'ai bien des difficultés avec ma pauvre Léonie. Vous savez qu'elle allait tous les jours prendre des leçons chez deux vieilles religieuses retraitées. Je n'étais pas mécon­tente de la manière dont elles s'y prenaient pour l'instruire, et voilà que j'ai découvert quelque chose, de la part de ces prétendues bonnes Sœurs (Ce n'étaient pas des religieuses, mais deux vieilles institu­trices qui avaient pris un costume religieux pour se faire respecter), qui m'empêche absolument de continuer à leur confier Léonie.

Figurez‑vous qu'elles laissent languir une pauvre enfant de huit ans [Armandine V.], qu'elles avaient adoptée soi‑disant par charité. Voilà deux mois que j'ai commencé à savoir cette histoire. Avant d'agir, j'ai voulu être bien sûre de ce que je soup­çonnais, car cela me coûtait énormément de les dénoncer, mais jeudi dernier, un fait m'a complètement décidée.

I1 y a là toute une affaire que je n'entreprends pas de vous raconter, mais qui m'a causé déjà et me cause encore bien du souci et des tracasseries. J'ai obtenu une place au Refuge pour la petite fille et j'attends sa mère pour qu'elle l'y conduise. J'ai dit toutes leurs vérités à ces malheureuses hypocrites, qui prient, ou feignent de prier le bon Dieu, depuis le matin jusqu'au soir, et j'ai retiré Léonie de leurs mains.

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