Imprimer

De Mme Martin à Mme Guérin CF 168 - 20 octobre 1876.

 

Lettre de Mme Martin CF 168

A Mme Guérin

20 octobre 1876.

Je vous envoie la lettre de Pauline, le mieux qu'elle annonce ne me fait pas grand plaisir, c'est comme l'été de la Saint Martin qui nous annonce les glaces de l'hiver; ce sont, à mon avis, les derniers rayons de soleil. Enfin, ceux qui partent sont plus heureux que ceux qui restent, vous le savez bien et moi aussi.

J'ai du chagrin aujourd'hui, surtout à cause de vous. Vous avez bien du combat, mon Dieu ! quand donc cela finira‑t‑il ? Quand serons‑nous heureux ?

Quant à m'affliger outre mesure de ma malheureuse glande (Au cours des vacances, Mme Martin avait confié à son frère et à sa belle‑sœur le mal qui sourdement la minait), je n'y suis pas décidée. Si le bon Dieu permet que je meure de cela, je tâcherai de m'y résigner de mon mieux et de prendre mon mal en patience, pour diminuer mon purgatoire. Mais j'espère que tout ira bien, je ferai exacte­ment vos remèdes pour l'acquit de ma conscience, car je n'ai pas grande confiance en tout cela; enfin, ce sera comme la bénédiction dont parlait le domestique de l'Evêque de

Séez: « Si ca ne te fait pas de bien, ca ne te fera pas de mal. » Vous connaissez l'histoire ? ..

J'attendais votre lettre avec impatience, je désirais savoir si vous gardiez l'élève, mais je vois que c'était tout à fait impossible. Comment allez‑vous faire ? Je vais prier le bon Dieu pour qu'il vous en envoie un convenable, je com­mence une neuvaine avec Marie, nous serons exaucées. Le bon Dieu sait bien que vous en avez besoin et il nous donne toujours ce qu'il nous faut, ayons tous bon courage.

Je vous prie, ne vous tourmentez pas pour moi, je ne souffre aucunement de la glande, les petits élancements que j'ai cru ressentir sont complètement passés, je crois que ce ne sera rien, ou, si c'est grave, ce ne le sera que bien plus tard, quand il sera temps de mourir.

Marie a lu vos lettres avec beaucoup d'intérêt et veut suivre fidèlement tous vos conseils pour le traitement à m'appliquer; je lui ai dit que je n'avais pas besoin d'être soignée par elle, mais la bonne a répondu que, si on ne m'apprêtait pas ce qu'il fallait, tout en resterait là, que j'avais besoin d'être poursuivie, ce qu'elles sont bien décidées à faire toutes deux ! Enfin, je les laisserai, cela me coûtera moins, en effet, de voir tout préparé.

Retour à la liste des correspondants