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De Mme Martin à sa fille Pauline CF 169 - Octobre 1876.

 

Lettre de Mme Martin CF 169

A sa fille Pauline

Ma chère Pauline,

Octobre 1876.

J'ai eu bien de la joie en lisant les quelques lignes de ta tante, elle me dit que les forces lui reviennent, puisse cela continuer ! Quand nous avons eu ta lettre, Céline nous a dit:  « Je savais bien que le bon Dieu m'exaucerait, je fais tant de « « pratiques » elle veut dire par là « sacrifices pour ma tante ! » Et c'est vrai, elle en marque tous les jours

plusieurs. Aujourd'hui, pourtant, elle n'en a fait qu'une; ce n'est pas étonnant, ayant joué toute la journée parce que Marie lui avait donné congé, et elle n'y a plus pensé.

Je crois que cette enfant me donnera beaucoup de conso­lations, elle a une nature d'élite, elle s'occupe déjà sérieu­sement de savoir comment il faudra se préparer pour bien faire sa première Communion.

Le bon Dieu est bien bon de m'accorder des compensa­tions qui diminuent pour moi l'amertume que me cause cette pauvre Léonie. Je ne puis plus en venir à bout, elle ne fait que ce qu'elle veut et comme elle veut.

Elle vient de s'apercevoir que j'écrivais et m'a dit: « Maman, ne parle pas de moi à ma tante, je ne recommencerai plus. » Je ne lui réponds point, mais elle insiste de façon à m'em­pêcher d'écrire. Pour avoir la paix, j'ai dit: « Non, je ne dis rien du tout à ta tante. » Je ne mens pas, ce n'est pas à sa tante que je le dis, mais à toi. Enfin, voilà la vie de tous les jours, et ce n'est pas gai, je t'assure.

Mais souvent, pour me consoler, je pense à ma chère Pauline, c'est un baume pour mon cœur. Marie aussi me rend heureuse, elle fait tout ce qu'elle peut pour me contenter; elle est très pieuse et ne passe pas un seul jour sans dire son chapelet.

Quant à Thérèse, c'est toujours le même petit lutin, elle parle souvent de Pauline et dit qu'elle est bien ennuyée de ne pas la voir revenir du Mans. Ce soir, elle a cru qu'on allait t'attendre à la gare, parce que ton père sortait pour conduire Marie chez Melle Pauline; elle s'est débattue « pour aller aussi chercher Pauline ».J'avais plusieurs petites choses à te dire d'elle, qui t'auraient beaucoup amusée, mais je ne me les rappelle plus. Si, en voilà une: hier matin, Céline tourmentait ton père pour qu'il l'emmène avec Thérèse au Pavillon, comme il l'avait fait la veille. I1 lui a dit:  « Plaisantes‑tu ? Crois‑tu que je t'emmènerai tous les jours ? » Thérèse était dans un coin, s'amusant avec une baguette et tout occupée de son jouet. Tout d'un coup, d'un air indifférent, elle dit à sa soeur: « Faut pas nous mettre dans le toupet que Papa nous emmènera tous les jours. » Céline baissa la tête, et « Papa » se prit à rire de tout son cœur.

Le jour où ton oncle était au Mans, j'ai reçu à dix heures, une lettre de sa femme, qui était dans le plus grand ennui: l'élève qu'ils avaient depuis quatre jours pour tenir la phar­macie s'était enivré de manière à ce qu'on soit obligé de le coucher; ta tante était seule, ne sachant que devenir. Elle me priait de prévenir mon frère, qui devait revenir à Alençon par le train de cinq heures et demie.

Après avoir dîné, il est reparti par le train de huit heures, qui arrive à minuit à Lisieux. Nous n'avons guère eu de plaisir, il était trop soucieux.

J'ai reçu une lettre d'eux, jeudi; mon frère n'a pas retrouvé l'élève, M. Fournet lui avait donné son congé. Maintenant, le plus difficile est d'en avoir un autre. Marie et moi, nous allons faire une neuvaine au Sacré Cœur, nous la commen­cerons mercredi pour la finir le premier vendredi du mois, afin que ton oncle découvre ce qu'il lui faut; si tu peux, fais cette neuvaine avec nous

J'ai la certitude que nous serons exaucées, car notre Père Céleste nous donne toujours ce dont nous avons besoin.

J'attends ta lettre avec impatience, tu sais qu'il faut m'écrire toutes les semaines Que tu as bien fait, ma Pauline, de vouloir retourner avec ta tante, que j'aurais eu de chagrin s'il en avait été autrement ! Je ne voulais pas te le dire pour ne pas t'influencer, mais je le désirais vivement

Tu me diras combien de fois par semaine tu vois ta tante et combien de temps ? Surtout, pendant ces instants, si courts, tâche de bien lui prouver ta reconnaissance et ton affection, pour tout ce qu'elle a fait pour toi.

Quelle bonne soirée je passe à t'écrire, ma chère Pauline ! Aussi, je ne m'ennuie pas en attendant Marie, qui ne va pas arriver avant dix heures du soir.

Voilà Léonie qui descend m'apporter mon chapelet et qui me dit: « M'aimes‑tu, Maman ? je ne te désobéirai plus ». Elle a parfois de bons moments et de bonnes réso­lutions, mais cela ne dure pas.

Dis à ta tante qu'elle ne se tourmente pas pour moi, au sujet du petit mal que j'ai et qui n'en est pas un, puisque je n'en souffre nullement. Je fais quelques remèdes que mon frère m'a envoyés, il assure que cela est infaillible; dans tous les cas, il n'y a rien d'inquiétant.

Adieu, ma chère Pauline, embrasse bien ta tante pour moi, et dis‑lui que je l'aime comme ceux que j'aime le plus après le bon Dieu.

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