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De Mme Martin à sa belle soeur CF 176 - 7 décembre 1876.

 

Lettre de Mme Martin CF 176

 

A sa Belle‑Soeur

7 décembre 1876.

J'ai reçu votre bonne lettre, et, le même jour, celle de Pauline, que je vous envoie; elle n'est pas très rassurante, et je vois qu'il n'y a pas d'espoir. Mais, je ne m'étais pas fait grande illusion, je n'ai jamais cru que notre pauvre sœur s'en tirerait, à moins d'un miracle, sur lequel je ne comptais pas.

Vous me parlez déjà d'étrennes ! Cela me fait un coup... Que les années passent donc vite et que ce mois‑là arrive souvent ! C'est un vrai cauchemar. Enfin, puisque vous le voulez, envoyez des étrennes à tout le monde. Et quoi ? Je ne sais pas.

Pour Marie, une boîte à ouvrage peut‑être et pour Pauline aussi. Celle‑ci avait dit à sa soeur ce qu'elle désirait, mais Marie ne se le rappelle plus !

Quant à Léonie, elle répète, sans cesse qu'elle veut un couteau qui ferme. Je lui ai dit que ce n'était pas là une chose à demander, mais rien n'y fait, elle en veut un et un verre.

Céline désire une petite chaufferette en cuivre. Pour Thérèse, ce sera ce que vous voudrez; en fait de jouets, elle a des voitures et des poupées.

Pour moi, un pot de pommade, car celui que j'ai sera bientôt fini; pourtant, il me semble que la pommade me fait mal car c'est rouge maintenant. A vous dire vrai, j'en suis un peu inquiète, mais je n'en dis rien chez nous; si c'est dangereux, ils ont le temps de le savoir.

Mais, parlons encore des étrennes et dites‑moi franche­ment ce qui plairait à Jeanne; elle est déjà raisonnable, c'est plus embarrassant. Quant à Marie, j'ai envie de lui acheter un petit ménage comme j'en ai vu, c'est très gentil et pas cassant, parce qu'en carton pierre, imitant la porcelaine, et il y a beaucoup d'objets. Renseignez‑moi au plus vite, afin que je puisse vous envoyer tout cela, comme d'habi­tude, le jeudi avant Noël.

J'entends Thérèse qui pleure bien fort en disant : « Que je suis malheureuse ! » ,, Et c'est parce que Céline lui dit que « ses poupées sont mal élevées et qu'elle leur fait tous leurs caprices !. » Pauline écrit à Marie que sa tante désire que je lui conduise Léonie au Mans, quand j'irai la chercher pour les vacances du Jour de l'An. Je le ferai pour lui faire plaisir, mais à quoi cela servira‑t‑il ? A rien, à moins que ma soeur n'ait le pouvoir de faire des miracles. Marie reviendra conduire Pauline pour revoir sa tante une dernière fois, si elle est encore de ce monde. Tout cela est bien triste, mais nous aurons toujours la consolation de la savoir au Ciel, pour moi, c'est l'essentiel.

On voit souvent des morts subites à Alençon. La semaine dernière, c'était M. X. qui avait des idées très avancées. M. V. trouve que la ville perd beaucoup; moi, je pense qu'on n'y perd rien.

Adieu, ma chère soeur, je crois bien que je ne vous récrirai pas d'ici quinze jours; je vous donnerai des nouvelles sûres du Mans, où j'irai chercher Pauline, le mercredi avant le premier de l'An.

Je vous embrasse de tout cœur ainsi que vos enfants et mon frère.

Votre sœur dévouée.