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De Mme Martin à Mme Guérin CF 181 - 5 janvier 1877

 

Lettre de Mme Martin CF 181

 

 A sa Belle‑Soeur 5 janvier 1877. Votre lettre m'annonçant l'heureux bilan de votre année m'a fait le plus grand plaisir. Je vous l'avais bien dit que vous réussiriez; c'est un petit commencement, mais plus tard, ce sera bien autre chose, vous verrez cela avant peu. Enfin, cette bonne nouvelle nous a mis tous en gaieté, jusqu'à mon mari, si triste à cause de ma santé. Vous allez voir, par la lettre ci‑jointe, que Pauline partira seulement lundi. J'en suis contrariée car je suis persuadée que je ne reverrai plus ma sœur. A l'instant, je viens de recevoir une dépêche, j'ai dit aussitôt: « C'est ma soeur qui est morte ! » Pauline s'en est allée sangloter. J'ouvre  la dépêche... c'était une commande. Hélas ! je crois pourtant que nous recevrons bientôt l'annonce de sa mort. J'ai écrit à la Supérieure, mardi dernier; j'ai envoyé le fameux cidre doux qu'elle désirait. Melle Pauline Romet est allée le lendemain à la Visitation pour avoir des nouvelles de notre chère malade; on lui a dit qu'elle était toujours dans le même état. Les Tourières sont entrées dans la clôture le premier jour de l'An; elles lui ont fait leurs commissions pour le Ciel. Un bon Curé lui a écrit pour qu'elle lui obtienne une grâce, lui promettant neuf Messes s'il était exaucé. M, Mme et Melle X., qui ont des idées à part sur la vie future, ont ri au nez de la bonne Sœur qui leur donnait ces mêmes détails; ils m'ont raconté tout cela, en me disant qu'elle avait dû les prendre pour des païens. J'oubliais de vous dire que j'ai reçu le médicament. Vous vous donnez bien de la peine, ma chère soeur, je vous suis vraiment très reconnaissante de toutes vos bontés; je l'utili­serai pour vous faire plaisir, cependant, je ne crois à l'efficacité de rien.

Remerciez, je vous prie, ces dames P. [Clémence et Joséphine Pigeon] qui m'ont recom­mandée à Lourdes; je ne compte plus, en effet, que sur le secours de la bonne Mère ! Si elle le veut, elle peut me guérir, elle en a guéri de bien plus malades. Je ne suis cependant pas persuadée qu'elle me guérisse, car enfin, cela peut très bien ne pas être la volonté de Dieu. Alors il faut se résigner et c'est, je vous assure, ce que je fais. Je ne comprends pas mon frère de vouloir encore me conduire à Paris. Et pourquoi faire ? Je ne m'en rappor­terais pas à ce que me diraient les médecins de là‑bas, je n'ai confiance qu'en M. Notta; le jour où il jugera nécessaire une opération, ce sera tout de suite décidé. Allons donc ainsi et le plus gaiement possible. Maintenant, on se tour­mente moins chez nous et je fais plus d'efforts que jamais pour qu'il en soit ainsi. Que je voudrais donc bien qu'on ne parle plus de tout cela ! A quoi bon ! On a fait tout ce que l'on devait faire, laissons le reste entre les mains de la Providence. Je vais avoir au Ciel une bonne protectrice en la personne de ma soeur; si je ne guéris pas, c'est que le bon Dieu tiendra dur à m'avoir...

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