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De Mme Martin à Mme Guérin CF 182 - 8 janvier 1877.

 

Lettre de Mme Martin CF 182

 A sa Belle‑Sœur

8 janvier 1877.

J'arrive du Mans et je m'empresse de vous donner des nouvelles de notre chère soeur (Marie-Dosithée). Je l'ai trouvée mieux qu'il y a quinze jours; elle nous a parlé pendant deux heures sans paraître trop fatiguée; j'en ai été bien surprise, je m'attendais à la voir dans un plus triste état.

Cependant, vers la fin du parloir, elle a eu une forte crise j'ai cru qu'elle allait mourir. Vite, elle a demandé un verre d'eau froide, qui s'est fait bien attendre; aussitôt qu'elle a eu bu, elle s'est trouvée soulagée.

Elle nous a beaucoup parlé de vous, qu'elle aime d'une si profonde affection. Il a fallu que je lise la lettre de mon frère et cette lettre a fait ensuite le tour du couvent. Pour moi, quand je l'ai lue tout haut, j'ai eu bien du mal à retenir mes larmes, mais enfin, je n'ai pas pleuré.

Voici les commissions pour le Ciel que j'ai données à ma soeur. Je lui ai dit: « Aussitôt que tu seras en Paradis, va trouver la Sainte Vierge et dis‑lui: « Ma bonne Mère, vous avez joué un drôle de tour à ma sœur en lui donnant cette pauvre Léonie; ce n'était pas une enfant comme cela qu'elle vous avait demandée; il faut que vous répariez la chose.

Ensuite, tu iras trouver la Bienheureuse Marguerite-­Marie et tu lui diras: « Pourquoi l'avez‑vous guérie mira­culeusement ? Il eût bien mieux valu la laisser mourir, vous êtes tenue en conscience à réparer le malheur. »

Elle m'a grondée de parler ainsi, mais je n'avais pas de mauvaise intention, le bon Dieu le sait bien. N'importe, j'ai peut‑être mal fait, et j'ai peur, pour ma peine, de n'être pas exaucée.

La Sœur Assistante est venue me voir à la place de la Supérieure, qui était malade. J'avais reçu une lettre de celle‑ci, samedi matin, me disant, selon ce que j'avais demandé, ce qui ferait plaisir à ma soeur, et figurez‑vous que c'était de manger de l'oie ! mais de l'oie cuite chez nous... I1 paraît que la Mère Supérieure avait bien ri de ce désir de malade.

J'ai dit à ma soeur: « J'enverrai, jeudi, deux oies, je veux que tu régales toutes tes Sœurs. Ces bonnes religieuses n'en mangent jamais, il leur est défendu d'acheter aucune volaille, elles n'en ont que lorsqu'on leur en donne. Je suis donc bien heureuse de leur offrir cette douceur en même temps qu'à toi. » I1 est seulement convenu qu'elles les feront rôtir, car à les envoyer cuites, elles ne seraient guère présentables.

En voilà assez sur les oies. De cette façon, notre entrevue a été presque gaie.

Cependant, je n'avais pas le cœur gai; ma petite Thérèse est malade, j'en suis inquiète, elle a des rhumes fréquents qui lui donnent de l'oppression; cela dure habituellement deux jours. I1 faut que je consulte le docteur, mais il va me dire de lui mettre des vésicatoires et cela m'épouvante. Je l'ai trouvée presque guérie, ce soir, en rentrant du Mans.

Ce matin, j'ai reçu une lettre d'un impitoyable marchand qui maintenant ne veut plus des commandes qu'il m'a faites. Voilà la troisième pièce de dentelle qu'il me refuse. J'en ai été triste toute la journée.

Nous sommes en train de vendre notre fonds, peut‑être cela se conclura‑t‑il demain. Les commandes en main seront

à notre bénéfice, celui qui achète prend, naturellement, toutes les marchandises. Je n'en ai pas beaucoup en ce moment, sauf les trois pièces refusées. Mais il veut notre maison, et faire un bail de neuf ans; cela m'ennuie de déménager j'étais habituée ici. Enfin, demain, nous saurons à quoi nous en tenir.

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