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De Mme Martin à son frère Isidore Guérin CF 190 - 26 février 1877.

 

Lettre de Mme Martin CF 190

 A son Frère

26 février 1877.

...Je n'ai pas plus de détails que toi, mon cher Isidore, sur la fin de notre sainte soeur. Voici le contenu de la lettre de la Mère Supérieure, samedi soir:

« C'est ce matin (24 février), à sept heures, que notre bien chère Sœur Marie‑Dosithée a terminé sa vie si édifiante par une mort digne d'envie.

« Depuis deux jours, un affaiblissement notable nous faisait comprendre que le dénouement approchait; l'oppres­sion, et une sorte d'angoisse perpétuelle firent souffrir davan­tage notre chère malade, qui ne perdit rien de sa paix, de sa résignation parfaite et sentait de plus en plus le désir d'aller voir Notre‑Seigneur

 « Hier, elle eut encore la consolation de recevoir le Saint ‑ Viatique, puis plusieurs indulgences. Sa présence d'esprit, sa sérénité furent admirables jusqu'à la fin. Nous pouvons dire, chère Madame, que vous et nous avons une sainte protectrice de plus au Ciel (...), car il serait difficile de finir plus saintement une plus vertueuse vie.

« J'ai eu la consolation d'assister notre bien‑aimée Sœur jusqu'à son dernier moment; elle a eu tous les secours, toutes les grâces surabondantes qu'il est possible de désirer et son cœur, plein de foi, nous exprimait, cette nuit encore, toute sa reconnaissance envers le bon Dieu qui lui a été si libéral.

« Son agonie a été très douce et on peut dire que notre chère Sœur n'a vraiment pas beaucoup souffert. C'est demain, à midi et demie, que nous la conduirons à sa dernière demeure, au milieu des regrets de toute notre Communauté, qui lui était profondément attachée.

« Nous avons appris, ce matin, cette douloureuse nouvelle à votre bonne petite Pauline; la pauvre enfant y a été bien sensible, mais sa foi et sa piété lui ont donné du courage.

 « P.‑S.—Cette nuit même, notre bien‑aimée Sœur, sur notre demande, vous a tous bénis du fond du cœur. Oh ! comme elle va prier pour ses deux chères familles qu'elle aimait si tendrement ».

Quand j'ai reçu cette lettre, je n'ai jamais eu le courage de l'ouvrir, je savais trop bien ce qu'elle contenait. Enfin, Louis me l'a prise et l'a lue et j'ai fini par la lire aussi, bien longtemps après.

Maintenant, je ne veux plus m'en défaire. Quand vous m'écrirez, renvoyez‑moi la dernière lettre de Pauline; il y a quelques lignes de la main de ma sœur, ce sont les dernières qu'elle a écrites, je voudrais les revoir.

J'ai répondu, hier, à la Supérieure, et lui ai envoyé de l'argent pour faire dire des messes.

Quant aux renseignements que tu me demandes, les voici: Ma soeur est née le 31 mai 1829; elle est entrée au couvent le 7 avril 1858. C'est Saint‑Denis qui est le lieu de notre naissance, c'est là que nous avons été baptisés, et pourtant, ma soeur et moi, quoique étant nées dans le bourg, nous nous trouvions sur la commune de Gandelain.

Je t'écrirai la semaine prochaine, Pauline me donnera des détails, je lui en ai demandé, mais je crois qu'elle ne sait pas grand'chose, car elle n'a guère vu sa tante cette dernière  semaine.

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