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De Mme Martin à Mme Guérin CF 196 - 25 mars 1877.

 

Lettre de Mme Martin CF 196

A sa Belle‑Sœur

25 mars 1877.

Nous avons reçu, mercredi, une lettre de Pauline, qui nous recommande bien de ne pas la prendre pour une sainte ! et de ne pas considérer le rêve qu'elle a eu comme une vision.

La Supérieure, me dit‑elle, le lui a bien recommandé; elle paraît enchantée de sa direction; enfin, d'après ce que j'entrevois, elle penserait à se faire religieuse, sa lettre l'indique assez. La Supérieure lui a dit qu'elle avait le temps d'y songer et elle a bien raison.

Comme je vous l'ai déjà dit, Léonie est sérieusement changée, ce n'est plus la même, elle a laissé tout son « tripo­tage" , sans murmure. Jusque‑là, je n'avais pu l'empêcher d'aider la bonne, aucun travail, soi‑disant, ne lui plaisait que celui‑là. Mais c'est si bien laissé qu'elle se fait violence maintenant pour aider dans la maison.

Je vous assure qu'elle ne me quitte pas de loin, elle travaille constamment avec moi, je ne puis sortir sans elle, c'est son plus grand bonheur. Auparavant, il m'était impossible de l'emmener nulle part sans faire une scène. Jamais elle ne s'amusait avec ses sœurs, cela m'étonnait beaucoup. Aveugle que j'étais ! Je ne m'apercevais pas qu'elle était fascinée par la bonne et que je ne pouvais avoir aucun ascendant sur elle.

Enfin, c'est absolument fini. Léonie ne désire plus qu'une chose: voir partir cette fille, car elle est gênée en sa présence et n'ose m'embrasser. Elle vient à la dérobée, je ne puis vous dire combien de fois par jour, m'accabler de baisers; elle fait exactement tout ce que je lui dis avec joie et promptitude, elle est maintenant comme une enfant normale.

Je crois que ses désirs de voir partir la servante seront bientôt exaucés, le père de celle‑ci se meurt et sa mère la réclame à grands cris. La pauvre fille qui nous est quand même profondément attachée, se trouve, en ce moment, dans une vive perplexité: d'un côté, elle voudrait rester, mais de l'autre, sa mère l'attire. Je ne sais si je dois m'en réjouir ?

J'ai été bien surprise, à mon tour, de voir que je m'étais trompée au sujet de M. David. Aurais‑je jamais pu penser que c'était pour M. Chesnelong, dont je m'occupe si peu, que vous m'envoyiez ce journal ! Cependant j'aurais voulu revoir ce discours, car il fallait qu'il en vaille la peine, mais il a disparu, je crois bien que mon mari l'a emporté.

J'attends le lundi de Pâques avec impatience, pour voir ma Pauline et savoir si c'est un simple rêve ou un songe qu'elle a eu. Je verrai cela à la réponse qui lui a été faite et je saurai ce qu'elle avait demandé à sa tante; tout cela m'intrigue beaucoup.

Elle n'arrivera qu'à deux heures et demie; c'est un peu tard, une belle cavalcade représentant Charles VII et Jeanne d'Arc avec toute la cour, doit passer devant la maison à deux heures. Je ne vous invite pas à venir, je sais que vous ne voudriez point, cependant, si cela vous tentait un peu, vous savez que je vous recevrais avec joie.

La femme du Maire a obtenu un bureau de poste; c'est un peu dur quand on a été dans un pareil luxe; mais on ne la plaint guère, on plaint davantage celui à qui elle a fait perdre quatre‑vingt mille francs.

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