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De Mme Martin à son frère Isidore et à sa Belle‑Sœur CF 205 - 7 juin 1877.

 

Lettre de Mme Martin CF 205

 A son Frère et à sa Belle‑Sœur

7 juin 1877.

Mon cher Frère et ma chère Sœur,

J'ai reçu vos lettres que j'attendais impatiemment; je suivrai de mon mieux les bons conseils que vous me donnez. Je compte donc aller voir le docteur X. mercredi prochain, craignant de ne pas le trouver les derniers jours.

J'aurai bientôt besoin de lui pour tout de bon si la Sainte Vierge ne me guérit pas, car cela va de plus en plus mal. Cette nuit surtout, j'ai beaucoup souffert pendant deux heures. I1 ne m'est plus possible de toucher à l'endroit malade, c'est trop sensible. Je ne serais nullement surprise que ce fût percé avant mon départ.

Pourvu qu'il ne survienne pas d'hémorragie, car il paraît que cela se produit quand le mal est à jour. Enfin, à la grâce de Dieu ! I1 faudrait que je sois bien malade pour ne pas partir.

Cependant, j'ai toujours l'espoir d'être guérie, peut‑être trop; si je ne le suis pas, j'en aurai une plus grande déception. Je vous le répète, c'est à partir du moment où j'ai vu ce qui s'est passé pour Léonie, que je me suis rattachée à la vie, je sais à présent combien elle a besoin de moi. Cette servante en qui j'avais confiance m'a trompée..

Toutefois, je n'ai rien à me reprocher, le bon Dieu voit bien que j'ai fait du mieux que j'ai pu... J'avais dé l'ouvrage pour quatre, qui n'auraient pas encore perdu leur temps. J'ai mené rude vie, cela me coûterait bien de la recom­mencer, je crois que le courage me manquerait.

Et juste alors que je pourrais enfin respirer, je vois le signal du départ, comme si on me disait: « Tu en as fait assez, viens te reposer. » Mais non, je n'en ai pas fait assez, ces enfants‑là ne sont pas élevés. Ah ! sans cela la mort ne me ferait pas peur.

Tenez, je vois que je perds mon temps à ne rien dire. Je terminerai donc en vous laissant libres de faire ce que vous voudrez pour une Messe à Lourdes; moi je crois que la Sainte Vierge me guérira sans cela, puisque c'est si diffi­cile à obtenir. Mes petites filles prieront si bien pour moi, qu'il est impossible que la Sainte Vierge ne se laisse pas toucher.

Si vous voyiez la lettre de Pauline, elle me donne confiance. Non, jamais le Ciel n'a vu et ne verra prières plus ferventes, ni foi plus vive. Et puis, j'ai ma soeur au Ciel qui s'intéresse à moi, j'ai aussi mes quatre petits anges qui prieront pour moi; tous seront à Lourdes avec nous.

Si je suis guérie, je vous enverrai une dépêche. Nous arriverons samedi et je ne pourrai vous écrire que le lendemain.

Je commencerai dimanche une neuvaine au Sacré‑Cœur, j'en ferai une aussi à la Sainte Vierge et une à saint Joseph qui sera terminée le mercredi, peut‑être ne serai‑je guérie que le jeudi, c'est le dernier jour.

Je me presse, le Salut sonne et je veux y aller, j'avais autre chose à dire, mais je n'ai pas le temps. Il faut pourtant que je relève cette pensée de mon frère qui prétend que le bon Dieu ne me guérira que pour sa gloire. Moi, je dis que tout tourne à la gloire de Dieu, mais qu'il ne pense pas absolument qu'à lui; il ferait bien un miracle pour moi, quand même personne au monde ne le saurait.

Je prierai de tout mon cœur pour vous tous.

Je tâcherai d'avoir un coin dans le wagon, comme me le recommande mon frère, mais ça ne sera pas pour moi, je n'en veux pas de coin; n'importe quelle place sera la bonne. Ce sera pour ma Pauline, qui a toujours mal à la tête, et aussi pour Léonie qui voudra tout voir et qui croit qu'elle va en Paradis.

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