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De Mme Martin à son frère Isidore CF 206 - 11 juin 1877.

 

Lettre de Mme Martin CF 206

 A son Frère

11 juin 1877.

Je m'empresse de te tranquilliser, j'ai eu l'impression de t'écrire sous une mauvaise impression qui s'est dissipée; le mal n'a pas continué avec la même intensité, et ne m'a plus empêchée de dormir. J'ai même peu souffert depuis.

J'espère bien faire mon voyage sans accident, j'attends cette faveur de la Sainte Vierge, et je suis très sûre qu'elle ne me la refusera pas.

Je suis allée hier, au Mans, conduire Marie à la retraite, je la reprendrai dimanche matin avec Pauline, qui veut abso­lument me forcer à lui dire que je serai guérie, parce que, lui assure‑t‑on, c'est une marque certaine de guérison, quand les malades ont beaucoup d'espoir. Mais je ne puis la contenter en cela, parce que mon espoir ne va pas jusqu'à la certitude.

Si je ne suis pas guérie instantanément, je ne sais pas ce que cette pauvre Pauline deviendra, elle prend cela trop à coeur, le coup sera rude.

J'ai vu la Supérieure de la Visitation qui m'a promis une Communion générale de la Communauté, enfin, j'ai bon espoir. Mais parfois, je me dis:  « Pourquoi y aurait‑il un miracle pour moi, plutôt que pour telle ou telle que j'ai vue mourir, laissant une nombreuse famille, et qui valait mieux que moi ? »

Il est vrai qu'elles n'ont pas été à Lourdes, et pourtant, il y a une jeune dame d'Alençon, malade de la poitrine, qui a voulu s'y rendre et qui y est morte deux jours après; elle n'avait que vingt ans et laissait deux petits enfants.

N'importe, j'espère beaucoup, mais je suis toute résignée à accepter ce que le bon Dieu voudra; ainsi, en cas de non­-réussite, la déception sera moins grande.

Il n'y a plus un seul billet disponible pour le pèlerinage; si Louis venait comme tu le désires, il faudrait qu'il prît le billet de cette pauvre Léonie, que je tiens à emmener; au moins, si la Sainte Vierge ne me guérit pas, je la supplierai de guérir mon enfant, d'ouvrir son intelligence et d'en faire une sainte. Ainsi, laissons toutes les affaires comme elles sont arrangées, elles me paraissent très bien, puis remettons‑nous entre les mains de Dieu.

Je pars dimanche matin pour le Mans, après la première Messe. J'avais presque un scrupule à voyager ainsi le dimanche, mais je ne crois pas faire mal, puisqu'il m'est impossible de faire autrement. D'ailleurs, ce n'est pas pour me promener, mais bien pour faire une vraie pénitence... je parle surtout de moi, qui aime si peu les voyages.

Adieu, je ne vous écrirai plus que par une dépêche, qui vous annoncera ma guérison.

Je prierai bien pour vous et surtout pour ma petite Jeanne, afin que la Sainte Vierge la guérisse complètement et qu'elle soit une bonne petite fille.

Quand même Louis viendrait, je t'assure que les deux plus jeunes pourraient très bien rester avec la bonne, elle les aime beaucoup, de cela je suis sûre. Il n'y a que pour Léonie qu'elle a été si méchante; quant aux autres, elle les gâte plus que moi et se sacrifie pour elles.

Je vous embrasse tous avec affection.

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