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De Mme Martin à son frère Isidore Guérin et à sa Belle‑Sœur CF 215 - 24 juillet 1877.

 

Lettre de Mme Martin CF 215

 

A son frère Isidore Guérin et à sa Belle‑Sœur

 24 juillet 1877.

Je vous avais promis de vous écrire dimanche, mais je n'ai pu ce jour‑là, en voici la raison:

J'avais passé une assez bonne semaine, le mal de cou, sans être disparu ,était bien diminué. Donc, dimanche matin, après une nuit pas trop mauvaise, je me lève à cinq heures pour aller à la première Messe.

Pendant que Marie me peignait, tout à coup, je jetai un cri strident, mon cou recommençait à se tordre. J'ai cru que cela allait passer, j'ai voulu quand même aller à la Messe, mais je ne pouvais faire un pas qu'avec une précaution extrême. Quand il fallait descendre un trottoir, c'était toute une affaire. Heureusement qu'il n'y avait guère de monde dans la rue. Je me suis bien promis de ne jamais retourner à la Messe dans cet état.

La nuit suivante fut des plus mauvaises, à cause d'un affreux mal de dents. J'ai eu d'autres fois la joue enflée à cause des dents, mais je n'ai jamais été ainsi, je craignais un érésipèle. Hier soir, j'étais effrayée de la nuit, à en juger par ce qu'avait été la journée. J'ai demandé à la Sainte Vierge la grâce de pouvoir tenir au lit et j'ai été exaucée. J'ai même reposé depuis dix heures du soir jusqu'à une heure du matin.

J'ai vu M. Vital dimanche; il me soutenait que je n'avais pas de fièvre et je la sentais qui me minait ! I1 m'a dit que mon mal de cou me venait du petit effort que je m'étais donné, mais qu'il y avait un déséquilibre dans les organes. Cela je le crois, car la douleur va et vient et au moment où je me trouve mieux, elle revient.

Nous avons reçu aujourd'hui une lettre de Pauline, qui nous raconte toutes ses petites fêtes de là‑bas et qui est « très contente que Maman soit si bien maintenant ! » Elle arrive le 1er août; elle me supplie de n'aller la chercher que par le dernier train, elle croit que je vais et viens comme lorsque j'ai été à Lourdes, mais il y a du  changement, depuis ce temps‑là, et je ne serai pas en état d'aller au Mans. C'est son père qui ira et la ramènera par le train de six heures.

J'espère pourtant aller chez vous encore une fois, à moins que les souffrances du cou ne reprennent avec intensité.

Cette pauvre Marie a bien du mal avec moi et elle m'est bonne autant qu'il est possible. Elle dit tous les jours qu'il lui sera bien difficile d'aller à Lisieux et de se promener­ pendant que je suis malade. Mais je ferai comme pour Pauline à la Visitation, pendant leur séjour près de vous; je leur écrirai que je vais bien, ainsi elles ne se tourmen­teront pas, sans quoi vous ne pourriez jamais les garder.

Mon frère n'a pas raison de tant gronder pour le Point d'Alençon; j'avais des commandes bien avant que j'aie vu le médecin pour la première fois. Ces commandes ne sont pas encore terminées complètement, et cependant les quatre dernières devaient partir cette semaine, si je n'avais pas été malade. J'en ai repris onze mètres il est vrai, qui sont aussi bientôt finis.

J'ai refusé le mois dernier, dix‑huit mètres de volant et maintenant je refuse tout ce qui se présente. J'avais vingt-­quatre mètres commencés pour mon compte, ou pour Mme Deverny, qui sont encore loin d'être achevés; je regrette bien de les avoir, mais ils sont trop avancés pour les laisser là.

Voilà quatre heures que je suis levée, je ne suis nullement fatiguée, je crois que je vais passer une bonne nuit

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