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De Mme Martin à son frère Isidore Guérin CF 216 - 27 juillet 1877.

 

Lettre de Mme Martin CF 216

 

A son frère Isidore Guérin

27 juillet 1877.

Mon cher Frère,

Hier, je t'appelais à grands cris, croyant que tu pourrais seul me soulager. J'ai souffert, pendant vingt‑quatre heures, plus que je n'avais souffert pendant toute ma vie, aussi ces heures se sont‑elles passées à gémir et à crier. J'implo­rais tous les saints du  Ciel, les uns après les autres, personne ne me répondait !

Enfin, j'ai seulement demandé, ne pouvant obtenir autre chose, de pouvoir passer la nuit dans mon lit; je n'avais pu y rester l'après‑midi, j'étais dans une position affreuse, impossible d'appuyer ma tête nulle part. On avait tout essayé, mais ma pauvre tête ne pouvait toucher à rien, ni moi faire le moindre mouvement, même pour avaler du liquide. Le cou était pris de tous les côtés et de bouger le plus légèrement me mettait dans des douleurs atroces.

Enfin, j'ai pu rester dans le lit, à la condition d'y être comme assise. Quand le sommeil voulait venir, le mouvement imper­ceptible que je faisais sans doute réveillait toutes les souf­frances. Il a fallu gémir toute la nuit; Louis, Marie et la bonne sont demeurés près de moi. Ce pauvre Louis, de temps en temps, me prenait dans ses bras comme une enfant.

Le médecin, venu ce matin à onze heures, a ordonné une potion calmante, mais je ne l'avais pas encore prise, que la grande crise était passée, bien que je continue à souffrir de partout

Vous avez raison de vous préparer à venir, je serais contente de vous voir tous, cependant il vaut mieux attendre la semaine du 19; la maison est trop en désordre en ce moment, il faut qu'on s'organise. Je vais commencer à prendre du monde pour bien des choses. Les Sœurs de la Miséricorde vont me soigner à partir d'aujourd'hui, et elles ne cesseront que lorsque je serai morte.

Je ne puis vous écrire plus longuement, je n'y vois plus et suis d'une faiblesse incompréhensible.

Une soeur garde‑malade est venue à l'instant, elle ne peut rester cette nuit. Elle me dit qu'elle a soigné plusieurs personnes atteintes de la même maladie que moi; elles avaient aussi mal au cou, mais non pas les douleurs affreuses que j'endure. 

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