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De Mr. Guérin à Mme La Néele. 25 septembre 1897.

Lisieux 25 Septembre 97

           Ma chère petite Jeanne

         Tu as raison de ne pas douter de ton pardon. Un père ne saurait avoir de rancune et, si faute il y avait, le mouvement d'humeur était aussitôt oublié qu'exprimé. Tu voudrais me tuer que je ne cesserais pas de t'aimer et de t'excuser. Quand hier mon cher Francis nous a dit que vous viendriez Dimanche, j'ai battu des mains et je me le suis reproché. Votre visite ne nous fera pas plus de plaisir demain qu'un autre jour et vraiment ces voyages te fatiguent tellement et dérangent tant ton mari que ce n'est pas bien de les provoquer. Bonne maman a passé une très bonne journée hier. Un peu faible, mais encore assez forte pour [lv°] être très gaie et pour être restée levée jusqu'à 4 h 1/2 - Cette nuit a été bonne quoique un peu moins que les précédentes. En ce moment elle est un peu tourmentée par sa pilule qui n'a pas encore produit d'effet. En somme bonne situation qui n'exige pas votre présence. Thérèse a passé une très mauvaise nuit. Ce matin elle est comme à l'ordinaire. Il paraît que de Cornière est dans l'admiration de la douceur et de la patience de la malade qui, paraît-il, souffre atrocement. Il ne comprend pas qu'elle vive encore et il attribue cette prolongation inexplicable à une cause surnaturelle comme autrefois la Mère Geneviève.

   Ainsi donc mes chers enfants, ne vous dérangez pas si cela vous est préjudiciable. Rien de sérieux ne [2r°] vous appelle ici. Dame, si vous venez, je ne vous mettrai pas à la porte.

       En attendant je vous embrasse de concert avec votre mère, comme nous vous aimons, c'est-à-dire bien fort.
Ton père
I. Guérin

La famille Maudelonde a dû rentrer hier soir.

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