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De M. Guérin à sœur Marie de l'Eucharistie. 15 décembre 1895.

 

De M. Guérin à sœur Marie de l'Eucharistie. 15 décembre 1895.

 

     Quelle charmante petite sirène tu fais, ô mon cher Benjamin! Quels accents éloquents, touchants et habiles tu prends pour attendrir tes parents! Un seul de tes jolis arguments était suffisant pour nous fléchir, c'est celui de faire honneur à Dieu, de lui rendre une petite parcelle de l'immense honneur qu'il nous a fait en nous demandant ta main, de lui rendre une bien petite partie des biens qu'il nous a donnés et surtout de le remercier du plus grand bien dont il nous eut gratifiés, celui d'un petit ange comme toi qui fais notre joie, notre consolation et en qui résident toutes nos espérances, pour les grâces dont nous serons comblés par ton canal. — Tu vois que cet argument était suffisant. — Mais quelque attachement que nous puissions avoir pour ce petit objet (on ignore quel « petit objet » a été sollicité pour fêter sœur Marie des Anges, sous- prieure, à l'occasion de sa fête, le 16 décembre), peux-tu croire qu'il ne s'efface pas devant l'amour filial que tu nous témoignes, et devant le plaisir que nous allons te causer ainsi qu'à la bonne mère sous-Prieure que nous révérons. Tu as donc bien auguré de nos sentiments, en n'hésitant pas à nous demander ce petit sacrifice et nous t'en remercions. Nous aurions voulu augmenter la joie de cette petite fête en vous envoyant une caisse de pruneaux. Mais tu sais que j'ai été souffrant cette semaine et je suis sorti hier pour la première fois avec le désir de faire cet achat et je n'ai pas eu le temps. Je suis allé ce matin faire mon prix chez Degournay mais je n'ai pas voulu conclure parce que c'était jour de Dimanche. Demain je vous les enverrai. Jeanne va beaucoup mieux et Francis qui est là depuis hier soir lui a permis de manger, ce qu'elle a fait avec grand plaisir. Dans deux ou trois jours, elle sera entièrement rétablie. Elle voudrait nous [v°] emmener à Caen, mais nous ne savons pas si nous pourrons lui donner cette satisfaction. En résumé nous allons tous assez bien. Mme Maudelonde revient mardi. Alexandrine rentre demain chez Henri avec les enfants. Il est toujours bien courageux (Henri Maudelonde, qui vient de perdre sa jeune femme le 5 décembre, et reste veuf avec deux tout jeunes enfants. Il se remariera en 1899). Au revoir, ma bien chère enfant, tous les habitants de la rue Banaston t'embrassent mille et mille fois ainsi que mes autres enfants du Carmel. Ils adressent leurs respectueux hommages à Mère M. de Gonzague et leurs affec­tueux souhaits de fête à la bonne Mère Sous-Prieure.

Ton père,
I. Guérin
15 Décembre 1895

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