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De M. Guérin à Mme Martin - 6 (?) mars 1877.

 

De M. Guérin à Mme Martin. 6 (?) mars 1877.

 

Ma Chère Sœur

Nous avons reçu tes lettres qui étaient attendues avec impatience. Celle de Pauline nous a fait bien plaisir. Quelle charmante enfant ! Quelle délicatesse de sentiments ! Nous avons lu et relu sa lettre avec le plus grand attendrissement. Malgré tout le désir que j’avais de posséder les reliques de ma sœur, je te les abandonne de grand cœur pour tout le temps que tu voudras. Mais j’espère bien que lorsque tu en auras assez joui tu me les donneras toutes. Enfin celui qui mourra le premier les laissera à l’autre. J’aurais pourtant bien voulu les voir seulement, aussi quand tu viendras à Lisieux, je compte que tu me les apporteras. Envoie-moi toujours des cheveux ‑ Tu me demandes si nous connaissons un pèlerinage à Lourdes. Je m’en suis informé, ils ne commenceront pas de sitôt. J’engage Louis d’écrire dans quelque temps au Père Sempé, Supérieur des Mission­naires de Lourdes, à Lourdes. Il le renseignera. Je crains que le voyage fait avec un pèlerinage ne soit bien fatigant pour ne pas dire impraticable pour toi. Quand on pense qu’il faudra que tu restes 24 heures (v°) dans une position toujours gênée avec ta tumeur, ressentant tour à tour le froid et la chaleur . Et si la tumeur est percée, penses-tu rester aussi longtemps sans changer de linge et (….) les voisins, surtout si c’est en été ? Pèse- bien toutes ces considérations. Tu pourrais profiter d’un pèlerinage, mais ne pas voyager avec lui et faire en sorte de te trouver à Lourdes à son arrivée. Si j’étais ton mari, c’est ainsi que je voudrais que tu fasses et je t’accompagnerais.

Tu me demandes de voir de nouveau Mr Notta. Je l’ai vu plusieurs fois depuis ton voyage et nous avons parlé de toi. Comment veux-tu qu’il puisse penser à une opération, puisque voilà deux mois et demi qu’il la trouvait impossible ? je t’engagerai à voir Mr Prévost (médecin d’Alençon, conseillé par M. Guérin, et qui fit preuve d’une franchise assez brutale dès la première consultation) qui pourrait peut-être ordonner quelque chose pour empêcher le progrès du mal. Quand au Mr dont il est parlé sur ton petit morceau de journal, c’est un charlatan.

Adieu, ma chère sœur. Ecris-nous souvent. Donne-moi des nouvelles de ta santé. Depuis quelque temps je suis assiégé d’idées noires, noires.

Dis-moi si tu acceptes mon marché au sujet des reliques de notre Sœur, auxquelles je tiens comme toi. Adieu de nouveau. Embrasse (tv) tous les tiens fort et crois moi

Ton frère dévoué

1. Guérin.