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De M. Guérin à Mme Martin - Le 13 Novembre 1866. Le 13 Novembre 1866.

De M. Guérin à Mme Martin.

                                                                                                              Le 13 Novembre 1866.

 

Chère petite Sœur,

 

Tu attendais peut-être de nos nouvelles beaucoup plus tôt ? Mais que t'aurions-nous appris ? Que nous passons une partie de nos journées dans les nuages, que la lune de miel loin d'être à l'horizon brille de son     plus grand éclat ! Toutes choses que tu sais fort bien et qu'il est donc inutile de te dire. ‑ Nous avons quitté Alençon avec regret, surtout après une semaine si bien remplie et les réceptions cordiales et gracieuses qu'on   nous a faites partout. Celle qui m'a fait le plus de plaisir est encore la tienne. Car je connais tes habitudes qui du reste sont les mêmes que celles de toute notre [1 v°] famille, et dans lesquelles nous avons été élevés, je sais ton antipathie pour les cérémonies, et j'ai vu avec quel enthousiasme et quelle cordialité tu nous as reçus. Et moi encore qui te taquinais. ‑ Je  ne me le pardonnerai jamais, car j'ai fait preuve de brutalité, de mauvais cœur, et si ma femme ne m'avait pas connu déjà, je suis sûr qu'elle aurait cru que je n'avais pas d'amitié pour ma famille, surtout pour ma petite sœur Zélie, avec laquelle j’ai  cependant eu bien des petites chicanes et dont le ne pouvais me passer malgré cela…  (illisible)

je suis sûr que tu m'as déjà pardonné, car tu sais que je ne suis pas trop mauvais au fond et que je m'emporte facilement, quand on me taquine surtout. [2 r°] Encore une fois merci de ta réception. Merci pour mon bon vieux père qui était si content, ce brave homme, d'avoir une petite bru si mignonne, et qui dans le débordement de sa joie nous faisait entrer à l'église pour remercier Dieu. En revenant d'Alençon, j'avais le cœur gros et je disais à ma femme que j'aimais mieux cette excursion que tous les voyages de Paris, aussi nous nous sommes bien promis d'y retourner. Tant pis pour vous ! Il ne fallait pas être si aimables. Mais je tiens à ce que ma petite Zélie vienne nous voir.

La pharmacie va fort mal, depuis deux mois il n'y a pas de malades. Tous les pharmaciens se plaignent.

Une bourse bien garnie ne me nuirait en aucune façon, après les assauts que la mienne a reçus depuis trois mois. Mais les brèches se combleront peu à peu il faut l'espérer [2v°] quoique dès maintenant nous soyons en mesure de satisfaire à nos engagements. Depuis notre retour, nous ne sortons plus. Il fait des alternatives de pluie et de soleil, mais en somme, le temps n'est pas beau. ‑ Embrasse mon bon vieux père pour nous et dis-lui que je compte bien qu'il viendra passer quelque temps chez nous cet hiver.

‑ Si tu as besoin de chocolat ou de quelque chose, écris-le moi, je te l'expédierai, de suite. ‑ Embrasse Louis et tes petits enfants pour nous et crois à l'amitié grande et non diminuée par le mariage de ton frère dévoué.

I. Guérin

Ma femme t'embrasse de tout son cœur ainsi que ton mari et te prie de croire à son amitié sincère.

[1 r°tv] Tu peux m'écrire ce que tu voudras ma femme ne lit pas mes lettres. Mais si tu as quelque chose de particulier à me dire il vaut mieux le mettre sur une feuille détachée que je puis enlever sans la lui montrer. 

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