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De M. Guérin à sa fille Jeanne - 28 mai 1879.

De M. Guérin à sa fille Jeanne. 28 mai 1879.

 

(A la veille de la première communion de Jeanne, à l'Abbaye des Bénédictines).

Ma bien chère petite Jeanne

Ta petite mère m’a dit que tu me demandais pardon, oui je te l'accorde mille et mille fois comme le Bon Dieu l'a déjà fait sans doute si tu as reçu l'absolution avec un sincère regret de tous tes petits péchés et avec la ferme résolution de ne plus y retomber.

C'est donc demain, mon cher petit ange, que tu vas recevoir le Bon Dieu, que ton petit coeur aimant va lui servir de tabernacle. Tâche qu'il soit bien pur, bien blanc et ce tabernacle sera beaucoup plus agréa­ble à Dieu que tous ceux qui sont couverts d'or, d'argent ou de pierreries. Mais lorsqu'il y sera entré, fais en sorte de bien l'aimer et de le lui dire souvent pendant la journée. « Mon Dieu, je vous aime », rien que ces seuls mots seront la prière la plus fervente que tu puisses lui faire et il te comblera de toutes ses grâces et il fera déborder la joie dans tout ton être et il déversera à profusion [1v°] ses bénédictions, non seu­lement sur toi mais sur tous tes parents, sur tous ceux qui t'entourent et pour lesquels tu prieras. Ta prière sera plus puissante que celle des anges eux mêmes, aussi n’oublie pas de t'en servir, prie pour notre pauvre France si malade, pour la religion si outragée, pour tes bons parents qui t'auraient tant aimée s'ils t'avaient connue, pour tes tantes, puis pour ta bonne mère et pour moi, pour que le Bon Dieu nous fasse miséricorde, pour ta chère petite sœur, pour ta bonne maman, ton bon papa, oh prie bien pour lui (M. Fournet se montre assez peu religieux pour l'époque), pour ta tante, tes oncles, tes cousins et cousines, surtout pour Ernest (Maudelonde) et Léonie, pour tes cousins David, pour tes bonnes, tes maîtresses, tes petites amies, etc., etc. Si tu ne te rap­pelles pas tout cela, eh bien tu diras au bon Dieu : « Mon Dieu, je vous prie pour tous ceux qu'on m'a recommandés ».

Tu vois, ma chère enfant, quel beau rôle tu auras à remplir demain. Toute la journée tu te rappelleras que c'est le plus beau jour de ta vie, tu ne te dissiperas pas, tu ne penseras pas à ta toilette, à tes belles affaires, et si on te contredit, ne te fâche pas, cède par humilité.

Voilà les recommandations que je voulais te faire de vive voix, mais puisque la souffrance m'a empêché d'aller te voir j'ai [2r°] voulu te les écrire afin que tu voies que les conseils de ton père ne sont pas différents de ceux de ta mère.

Je te recommande aussi de ne pas t'effrayer de l'acte que tu vas accomplir, je connais ta sensibilité et la vivacité de ton imagination, tu pourrais peut être te laisser arrêter par de vaines frayeurs, le bon Dieu est juste et indulgent et il juge surtout les intentions. Surtout dors bien, fais une petite prière à ta tante du Mans, qui est au Ciel, avant de te coucher, demande lui qu'elle te protège et qu'elle te conduise.

Adieu, ma chère enfant, je t'embrasse mille et mille fois comme je t'aime.

Ton père

I. Guérin

Je ne pourrai pas communier demain avec toi, c’est une grande privation, mais je suis trop faible et trop souffrant.

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