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de Marie (Marie du Sacré-Cœur) à son père M. Martin - 23 juillet (?) 1888. (2)

 

de Marie (Marie du Sacré-Cœur) à son père M. Martin 23 juillet (?) 1888.

 

Mon petit Père chéri,

Thérèse de l’Enf. Jésus envoie un petit mot à Céline et par la même occasion ton diamant vient te dire un petit bonjour. Mais il n’a pas grande nouvelle à t’apprendre le pauvre diamant toujours enfermé dans son écrin.

Oh ! il ne s’en plaint pas c’est un écrin qu’il préfère à tout, qui vaut pour lui plus que l’univers entier. L’écrin du Carmel ! Ah ! n’est-il pas éclairé d’un rayon du Ciel ?. . . A cette lumière bénie on aperçoit de loin comme dans un nuage toutes les [1 v°] choses de la terre et elles vous paraissent si petites qu’on ne saurait trop remercier le bon Dieu de nous en avoir détachées.

O mon cher petit Père, que je suis heureuse ! N’avoir d’autre souci que d’amasser un trésor « là où les voleurs ne peuvent le dérober, où la rouille et les vers ne peuvent le ronger (Mt 6, 19. ‑ A l’époque, M. Martin s’affaire à des placements de sommes importantes); quel bien sûr et digne d’absorber tout notre cœur. Prie pour ton diamant afin qu’il ne soit pas trop indigne de briller à ta couronne. Elle devra être si belle, il me semble. Quand je pense qu’un jour nous serons tous réunis au Ciel exempts pour [2r°] jamais de douleurs et de peines je m’étonne qu’on pense à se lamenter de nos pauvres petits ennuis de tous les jours qui se changent à notre gré en perles précieuses. Mais comme dans la chanson que tu connais, je fais comme les camarades quand je rencontre un petit fossé bien facile à sauter, souvent « je seyis dret dans le mitant » (« Je saute en plein milieu »)… Mais le bon Dieu est si bon qu’il accourt vite nous relever et nous aider à reprendre le bon chemin. Oh ! oui il est bon, le bon Dieu. Comme je lui sais gré d’avoir créé ces petits insectes qui s’appellent « punaises ». Grâce à eux notre père chéri n’ira pas se tuer de fatigue dans cette Babylone que le feu n’a pas encore égalé à la terre, malgré les prédictions de la Reine de France et de Navarre qui gazouillait cela dans son petit langage autrefois. Te rappelles-tu ? C’était vraiment curieux. On aurait pu appeler notre maison « la maison des événements » car on les prêchait sans cesse. Ah !le bon Dieu n’est pas si pressé que cela de punir ses enfants. Il attend jusqu’à la dernière minute. Qu’il est bon !

A bientôt mon petit Père chéri je pense que Messieurs les canards des Buissonnets doivent être à leur affaire car il fait un temps de circonstance. C’est comme cela qu’en ce monde, quand les uns se plaignent les autres chantent. Pour nous, nous devrions chanter toujours puisque [1r° tv] tous les jours nous nous rendons à notre Patrie où il fera toujours beau soleil. . .

Ton diamant qui te chérit

M. du S. C.

La perle fine est absorbée dans les images, elle t’embrasse de tout son cœur et notre Mère aussi.

 

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