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de Marie (Marie du Sacré-Cœur) à son père M. Martin - 23 août 1887.

 

de Marie (Marie du Sacré-Cœur) à son père M. Martin 23 août 1887.

 

J. M. J. T.

Mardi soir (pour la Saint-Louis le 25 août).

 

Jésus !

Mon petit Père chéri

 

Je te souhaite une bonne et sainte fête comblée de toutes les grâces. Que le bon Dieu te laisse encore de longues années à tes enfants qui t’aiment tant, car tu es leur rayon de soleil en cette vie ou plutôt tout leur Ciel avec Jésus. ‑ Il y a un an à pareille époque nous étions quatre à monter dans ton belvédère que nous avions orné de guirlandes et de fleurs. Te souviens-tu ? Depuis un [1 v°] an, deux se sont envolées du nid (Marie au Carmel, Léonie à la Visitation) mais elles ont encore des ailes et si elles ne s’en servent pas pour retourner dans la terre étrangère du monde, comme elles reviennent joyeuses vers toi ! O mon cher petit Père, que te chanteront-elles, tes colombes envolées. Ah ! tout leur amour, toute leur reconnaissance ! Toi qui n’as pas retenu leur vol vers Dieu, toi qui les as données avec tant de générosité, sois béni à jamais. Que le centuple te soit rendu en ce monde et en l’autre. Que notre mère chérie partie au Ciel avant nous, s’unisse à nous pour te bénir, avec [2 r°] les quatre petits anges qui sont à toi aussi ! Cinq dans la Patrie et cinq dans l’exil ! La famille de là-haut et celle d’ici-bas qui ne font qu’un aujourd’hui pour te fêter.

Mon cher petit Père, je n’ai pas le talent de ta perle fine et je ne puis rien t’offrir. Pourtant les verveines qui sont dans le bouquet, si j’avais quelque chose au Carmel, je dirais : « ce sont les miennes, et c’est moi qui te les donne » car je les ai soignées tout l’été, mais je n'ai rien, grâce à Dieu et je ne désire rien. Ce qui ne m’empêche pas d’être comme autrefois très [2 v°] bonne jardinière, quoi qu’en dise ma Sr Madeleine. Ce soir à la récréation, nous nous sommes bien amusées toutes deux (à nous taquiner). Elle dit que je fais griller mes boutures au soleil. Cela ne m’étonne pas, elle qui fait tremper les siennes toutes les nuits dans un baquet d’eau fraîche pour les faire prendre, elle trouve drôle ma manière.

Enfin c’était l’histoire des deux Invalides. . . Tu te rappelles? je lui ai dit : « Ma Sr Madeleine, j’habitue mes fleurs à la dure elles me connaissent. . . les plus fortes résistent ; mes boutures et moi tout cela se ressemble, ça vient comme ça peut, à la grâce de Dieu. »

A bientôt mon petit Père chéri, il est tard et tout le monde est couché au Carmel, je vais m’en aller dormir aussi et rêver de toi. Bonne fête ! bonne fête ! Je t’offre pour cadeau ma communion de demain. (24 août, anniversaire de la fondation de Saint-Joseph d’Avila).

Ton diamant qui se joint aux deux derniers bijoux pour t’embrasser de tout son cœur.

Marie du S. Cœur.

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