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de Marie (Marie du Sacré-Cœur) à son père M. Martin - juillet-août 1892

 

de Marie (Marie du Sacré-Cœur) à son père M. Martin - juillet-août 1892 (?)

 

(M. Martin a regagné Lisieux le 10 mai 1892 dans un grand état d’infirmité).

Jésus !

Mon petit Père chéri,

Nous nous faisions une fête de te voir, il avait été convenu avec Céline que tu viendrais lundi nous faire une petite visite en voiture car tu ­n’es pas encore assez bien pour venir à pied jusqu’au Carmel. Et puis voilà encore une fois tous nos projets envolés, Céline nous écrivait hier que tu étais plus souffrant et qu’il valait mieux attendre.Comme le bon Dieu s’entend à nous faire faire des sacrifices. Mais il n’en reste pas moins le bon Dieu qui veille sur nous avec une tendresse toute particulière. Si nous n’avions rien à souffrir sur la terre notre couronne au Ciel serait moins belle. Et pour une éternité de bonheur [1v°] cela vaut bien la peine de souffrir un peu de temps ici-bas. « La vie n’est qu’une nuit passée dans une mauvaise hôtellerie», dit Ste Thérèse. Ah ! quel bonheur de penser cela. Une nuit ! C’est si vite passé. Après ce sera le jour qui n’aura pas de fin le jour éternel, le Ciel !!. . . Ton diamant ne veut plus penser qu’au ciel sa patrie, il trouve la terre tellement triste et déserte et si peu le lieu de son repos qu’il ne veut plus y chercher le plus petit bonheur. Tout passe, tout finit on voit son père chéri malade, enfin on n’est pas heureux. Le diamant ne veut point briller en ce triste monde, il garde tous ses feux pour là-haut ; un jour dans ta couronne [2 r°] il veut être enchâssé. Ton diamant ! Comme il t’aime mon petit Père ! Ah 1 il ne vit que pour toi, ne pense qu’à toi et de son Carmel ne te perd pas de vue une seconde. Par Jésus, par la Ste Vierge, par mon bon ange, je te fais faire toutes mes commissions, je leur dis de te ­réjouir, de te tenir compagnie, de te guérir.

Comment Jésus ne nous exaucerait-il pas ? Il est notre époux et par conséquent il y a des liens de parenté entre Lui et toi, il est comme obligé de voler à ton secours, en toute occasion. Ah ! mon cher petit Père. Quel bonheur d’être l’épouse de Jésus, d’être au Carmel, de n’être plus [2 v°] du monde ! Comme le bon Dieu doit t’aimer toi qui lui as donné tes enfants avec tant de générosité. Mais il attend le Ciel pour te récompenser car sur la terre il n’y a pas de récompense digne de son amour. C’est pour cela qu’il nous envoie la croix comme le seul bien de cette pauvre vie et l’unique monnaie qui nous achète le Ciel.

A bientôt mon petit Père chéri, ton diamant qui t’aime

M. du S. C

Notre Mère chérie n’oublie pas son cher papa Martin.

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