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De Louis Martin à sa fille Marie - 11 septembre 1885

 

De Louis Martin à sa fille Marie

Constantinople, 11 septembre 1885.

Pauvre grande,

Je vois que tu te tourmentes beaucoup trop pour moi, car je te dirai, comme dans mes autres lettres, que je me porte on ne peut mieux.

Ta bonne et désirée missive m’a été remise par un Père Lazariste, quand nous étions encore dans le petit bateau de débarquement. Je pense souvent à vous toutes, et dernièrement, j’ai fait un très beau rêve où je te voyais si bien que c’était comme une réalité. Si je pouvais vous faire ressentir tout ce que j’éprouve en admirant les grandes et belles choses qui se déroulent devant moi ! Mon Dieu, que vos œuvres sont donc admirables !

Constantinople est merveilleuse et mérite bien qu’on se dérange, mais c’est si loin ! Nous venons de gravir la tour de Galata, d’où l’on découvre toute la ville, spectacle unique en ce monde. Nous avons déjà vu le Sultan et ses trois fils, dont l’aîné paraît avoir dix-huit ans, puis les derviches tourneurs, pauvres gens qui font pitié avec leurs manières et gestes diaboliques.

Nous sommes comme en famille, chez une dame Matich, qui se rappelle très bien avoir reçu le P. Baudry, il y a trois ans.

Tu me dis que la bonne Mère Marie de Gonzague et tout le Carmel me criblent de prières, je veux, en retour, que tu les bombardes de ma part, avec de grosses boîtes de thon. Je te prie de me représenter de ton mieux auprès d’elles.

Mille choses aimables à ma chère petite perle qui a si bien aplani toutes les entraves de mon voyage ; dis-lui que je l’aime encore plus si c’est possible.

Dis à ma bonne Léonie qui a fait ce qu’elle a pu pour te calmer et te décider à me laisser partir, que je voudrais savoir ce qui lui ferait plaisir comme souvenir de Rome.

Dis encore à ma Céline, « la courageuse », à ma « Reine de France et de Navarre » qu’elles me confient aussi ce qui leur ferait le plus de plaisir.

Je t’ai dit, dans ma dernière lettre, que je serais bien aise d’avoir de vos nouvelles à Naples ; j’espère que, restant quelques jours à Constantinople, tu aurais le temps de m’écrire de suite pour que je les reçoive ici.

Tranquillise ton oncle, au sujet du coffre-fort, il n’y a rien à craindre, personne ne sait où il est placé. Ainsi, ferme seulement la porte du placard, et prends la clef et, Dieu aidant, tout ira bien.

Tu ne me dis pas avoir reçu le petit souvenir que je t’ai envoyé de Vienne ?

Encore une fois, je vois tant de belles choses, que je m’écrierais volontiers : C’est trop, Seigneur, vous êtes trop bon pour moi !

Dans quelques semaines, ce ne sera plus un rêve et nous serons de nouveau réunis pour le temps que Dieu, dans sa bonté, veut bien nous réserver.

Je t’embrasse, ma chère Marie, ma Pauline, ma Léonie, ma Céline et ma Thérèse.

Tu vois que j’ai tenu à te faire plaisir, car nous sommes arrivés ce matin et déjà je te réponds ; donne-moi donc aussi le plus doux des plaisirs possibles en m’écrivant.

Ton père qui aime tant son aînée.

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