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De Louis Martin à sa fille Marie - 16 septembre 1885

 

De Louis Martin à sa fille Marie

Constantinople, 16 septembre 1885.

Chère Marie,

J’ai un instant et j’en profite pour t’envoyer quelques lignes, pendant que M. l’abbé Marie est en promenade à Scutari. Nous nous portons très bien et nous nous trouvons à merveille dans cette bonne maison particulière indiquée par les Pères Lazaristes.

Nous serions partis aujourd’hui, pour Smyrne, mais le service des bateaux est désorganisé, il faut que nous attendions à jeudi ou à vendredi.

Que te dirai-je maintenant de cette belle ville de Constantinople ? Je l’ai parcourue en tous sens et plus je la vois, plus je l’admire. Il y a des choses magnifiques, nous avons visité plusieurs mosquées, dont la plus belle est certainement Sainte- Sophie, à Stamboul ; elle fut érigée par Constantin, en 325.

Cette basilique fut brûlée entièrement en 532. Justinien 1er la rebâtit, et cest à lui que cet édifice doit sa forme actuelle. Justinien voulut que ce monument fût le plus durable et le plus magnifique de toutes les époques ; tout lEmpire fut dépouillé pour lorner.

Le grand bazar de Constantinople est quelque chose de curieux. Cet inextricable labyrinthe forme, avec ses rues, ses ruelles, ses passages, ses carrefours, une ville dans la ville même.

Chaque rue est affectée à une spécialité. Le grand bazar se ferme tous les soirs, avant le coucher du soleil et ne s’ouvre que vers neuf heures du matin.

Le vendredi, les boutiques turques sont fermées, le samedi, c’est le tour des juifs ; le dimanche, il en est de même pour les chrétiens.

Nous avons visité la citerne d’Asparis ; elle repose sur 64 colonnes et fut construite sous Léon le Grand.

Maintenant, ma première, ma grande, mon diamant, causons un peu de nos petites affaires. Je vois, en relisant ta dernière lettre, que tu t’y prends on ne peut mieux pendant que je ne suis pas là ; continue ainsi et tu me feras plaisir. Pauvre grande, que ne puis-je t’avoir près de moi, pendant tout mon beau voyage !…

Dis à mon cher « petit Paulin », que je pense souvent à elle aussi et je remercie le bon Dieu de lui avoir donné une aussi haute vocation. Remercie-la bien pour moi de sa bonne lettre et n’oublie pas non plus de présenter mon humble respect à Madame Marie de Gonzague.

Nous espérons être dimanche à Athènes et, de là, nous irons à Naples. Alors seulement, je compte aller chercher des nouvelles de vous toutes, poste restante.

Embrasse bien fort, bien fort pour moi ma Léonie, ma Céline, ma Reine ; ma belle petite Perle, hélas ! c’est impossible à travers ses grilles. Enfin, dis beaucoup de choses aimables à ton oncle et à ta tante, ainsi qu’à Jeanne et à Marie. Une petite tape sur la tête de Tom, le brave chien fidèle. Me pleure-t-il encore ?

Ton père qui t’aime.

P.-S. Tu as bien fait de donner des poires ; donne, donne toujours et fais des heureux.

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