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De Louis Martin à sa fille Marie - 30 août 1885

 

De Louis Martin à sa fille Marie

Vienne, le 30 août 1885.

Chère Marie,

Tu as dû recevoir une lettre de Munich t’annonçant que tout allait bien et que j’avais été très content de vous toutes. Mais je suis très surpris que tu n’aies pas reçu les coquilles et mes clefs ; tu feras bien de réclamer à la poste de Lisieux, car M. Marlier, 211, rue Saint-Martin, à Paris, a dû envoyer le paquet.

Maintenant, que te dirai-je ? Que c’est « comme chez feu Nicolet, de plus en plus fort ». M. l’abbé Marie paraît toujours rayonnant, il est presque infatigable ; j’ai quelquefois de la peine à le suivre.

Hier, nous avons visité le monastère des religieux de Saint- Norbert, où nous avons été reçus on ne peut mieux. M. l’abbé Marie avait à leur présenter une lettre du R. P. Godefroy, que nous avons vu à Saint-Jacques.

La ville est de toute beauté et avec des ponts comme je n’en ai jamais vu, même à Paris. Il y a aussi des Carmélites, mais qui ne sont pas à si bonne table que nous l’avons été chez les bons Prémontrés, car figure-toi qu’on nous servait un pigeon ou perdrix entier pour chacun et d’énormes morceaux de lièvre. Ces excellents religieux ont la réputation d’être très charitables et nous avons pu le constater.

Toutes les charmantes lettres, qui me sont arrivées à Vienne, m’ont fait un bien grand plaisir. Tu remercieras bien pour moi Léonie, Céline, Thérèse et ma « Perle fine » du Carmel de leurs vœux de fête.

Il me semblait vous voir toutes autour de moi dans le belvédère et ma petite Reine, de sa voix sympathique et douce, me gazouiller son petit compliment. Ça m’a tellement ému que je voudrais être à Lisieux, mais là tout de bon, pour vous embrasser toutes comme je vous aime.

Pourquoi ne veux-tu pas accepter l’invitation de ta tante d’aller les voir à Trouville ? ilme semble que tu as tort. Enfin, fais comme tu voudras.

Soignez Félicité (domestique des Martin) et noublie pas de payer son trimestre.

Si tu reçois des lettres pour moi, ouvre-les si tu veux, et mets-les de côté.

Enfin, ma Marie, ma grande, ma première, continue à conduire ton petit bataillon le mieux que tu pourras et sois plus raisonnable que ton vieux père, qui a déjà assez de toutes les beautés qui l’entourent et qui rêve du Ciel et de l’infini. « Vanité des vanités, et tout n’est que vanité, hors aimer Dieu et le servir ! »

Celui qui vous aime toutes et vous porte dans son cœur.