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De Louis Martin à sa fille Marie - 7 septembre 1885

 

De Louis Martin à sa fille Marie

Sur la mer Noire, à bord

7 septembre 1885.

Chère Marie,

Tu as dû recevoir de mes nouvelles par M. Retout ; je suis toujours en bonne santé, ainsi que M. l’Abbé. Il nous faut encore trois jours avant d’atteindre Constantinople.

Le pays est magnifique, mais jusquici, je ne trouve pas que ce que je vois soit, comme lassure le P. Baudry : « un coin du ciel oublié sur la terre ». Cest très beau incontestablement, mais je ne partage pas tout à fait lenthousiasme de mon aimable compagnon.

Surtout, ne prenez pas de chagrin à cause de moi. Si tu pouvais m’écrire quelques lignes à Naples, poste restante, cela me ferait beaucoup de plaisir, car je pense souvent à vous toutes et je me dis : « Oh ! si je pouvais les avoir auprès de moi, alors ce serait bien ! » Mais, voyant qu’il n’y a pas moyen, cela jette une ombre. Enfin, dans quelque temps, nous nous reverrons pour ne plus nous quitter.

Nous avons rencontré, hier soir, M. le Curé de Verna, un tout jeune prêtre qui connaît huit langues et qui nous a reçus si bien que je conserverai toute ma vie le souvenir des bons instants passés avec lui, je vous en parlerai plus tard, que de choses j’aurai à vous dire ! mais il faut attendre.

Nous n’avons pas eu le mal de mer, elle est restée calme et majestueuse, quoiqu’on nous l’ait dépeinte très mauvaise.

Dis-moi, dans ta prochaine lettre, si tu as reçu le paquet envoyé de Paris avec mes clefs ?

Embrasse bien pour moi ma petite « perle », ainsi que Léonie, Céline « ma courageuse », ma Reine du cœur et présente bien des amitiés à toute notre bonne famille Guérin.

Dis à mon « petit Paulin » que son souvenir m’est bien présent et que je voudrais pouvoir lui envoyer tous les gros poissons que je vois, de notre pont, sauter dans la mer Noire. Combien il y en aurait à prendre la direction du Carmel de Lisieux !

Nous allons bientôt nous mettre à table, car je vois qu’on la dresse auprès de moi, pendant que je termine mon griffonnage.

Adieu, ma bien-aimée, dis un Ave Maria pour nous.

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