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De l'abbé Bellière à Thérèse - 17 août 1897

De l'abbé Bellière à Thérèse.
17 août 1897


Mardi soir
R. Ap.


Ma bien chère petite Sœur,
Le moment est donc arrivé; vous allez partir pour le Ciel, vous allez voir Dieu et la Sainte Vierge
- Que vous êtes heureuse - Sœur bien aimée, allez vous rassasier dans l'Amour - le Ciel sera le
complément, la perfection de celui de la terre, si cher déjà à votre âme, la vie de votre âme déjà -
Jésus sera à vous enfin, tout à vous et bientôt ce sera un échange de douces et ardentes tendresses qui
durera autant que l'éternité - l'Amour désormais sans obstacle, en plénitude, le voyant, l'entendant, le
respirant, le sentant de toutes parts envahissant et puissant, partagé avec ceux qui vous attendent et
avec eux aussi réciproque.
Déjà, ils vous initient au bonheur de Là-Haut, puisque déjà votre bien-aimé Père n'a pu tenir son
impatience, qu'il vous avertit de l'approche de l'Epoux.
Vous êtes donc attendue et les anges préparent votre place - Que peut la pauvre créature désormais;
peut-elle songer à vous retenir et contrister vos Amis du Ciel - Voici qu'ils vous tendent les mains,
laissez-vous faire, partez, endormez-vous entre leurs bras, entre les bras de Jésus qui semble ne plus
attendre que votre consentement pour vous attirer à Lui. Mais lorsqu'un ami cher va vers un autre ami
bien cher aussi, il est d'usage, n'est-ce pas? de charger le premier de recommandations pour le second.
Dites donc à Jésus, chère petite Sœur, qu'il anime ma bonne mère de sa grâce; pressentant ce qui doit
arriver, elle a commencé à me déclarer qu'elle ne m'accorderait jamais son consentement - sans doute,
je ne reculerai pas, mais votre cœur aimant sent combien il est douloureux de briser une âme si chère
- Jésus peut arranger tout cela - plaidez ma cause, chère petite Sœur - je me recommande aussi tout
particulièrement à la s. VIERGE et aux Saints que vous connaissez, au Cardinal Lavigerie, aux saints
dont j'aurai le bonheur de vénérer les reliques après vous - oh! ma bonne petite sœur, comme j'ai
reconnu la part du cœur en cet « héritage » que je recueillerai de vous, comme ces chers objets sont
choisis - comme je reconnais l'affection qui a inspiré ce choix - Merci, oh! oui merci du fond du cœur
de ce cher (oh! combien il le sera pour moi après l'avoir été tant pour vous) crucifix ; jusqu’à la mort
il sera mon meilleur ami ; oui, cher à tant de titres, que vous êtes bonne d’avoir pensé à me le léguer –
avec aussi ce reliquaire, compagnon de toute votre vie religieuse – du ciel vous verrez quel y sera mon
culte –jusqu’à cette image, la dernière empreinte laissée par vous de votre piété feront tous mon plus
cher trésor – simplement, mais de tout mon cœur, merci chère petite sœur.
Demain, ou plutôt Jeudi, je partirai pour Lourdes avec ma mère, croyez que je prierai pour vous avec
une ardeur singulière – J’espère être brancardier – unissez-vous à mon pèlerinage, je serai sans cesse
en union avec vous aux pieds de la très douce Mère de Miséricorde –
Jusqu’au dernier jour, si vous LE POUVEZ, voulez-vous, chère petite Sœur, me donner quelques
pensées de vous – ce sera encore de l’Héritage – mais, de grâce, ne vous fatiguez pas – je voudrais à
mon retour, le 25, vous savoir encore des nôtres.
Pourtant, Jésus vous appelle, allez à Dieu, votre petit frère vous envoie le dernier adieu peut-être, et

 

l’au revoir du Ciel – car toujours et à jamais il le demeure
F. Louis

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