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De l'abbé Bellière à Thérèse - 28 août 1897

 

De l'abbé Bellière à Thérèse.
28 août 1897

R. Ap.

Chère petite Sœur de Jésus,
Vous avez dû penser qu'aujourd'hui je vous suis tout particulièrement uni et dans quelle âme nous
nous sommes rencontrés : votre Sainte Mère (Mme Martin) vous a vue avec plus de complaisance
que de coutume, voyant que vous allez être réunie bientôt à elle et à son bonheur - timidement, je me
suis présenté à elle, réclamant une bénédiction et la priant peur vous - Sans doute, chère petite Sœur,
vous avez entendu sa voix, plus rapprochée et plus pressante vous appelant, vous réclamant et vous
lui avez dit : à bientôt - car le moment approche, chère sœur de mon âme. Vous allez partir pour votre
vraie demeure - A Lourdes, je n'ai pas demandé votre guérison - j'ai prié la douce Reine des Vierges et
des Martyrs de vous aider dans vos derniers préparatifs et de vous ouvrir le Ciel -Je ne sais pas prier,
alors j'avais sollicité d'être brancardier des Pauvres malades et je le faisais pour vous - Souvent en
les transportant à la Grotte, aux Piscines, ma pensée allait vers vous et remontait vers Marie, disant :
Mère, c'est pour ma Sœur Thérèse - S'il m'arrivait une petite souffrance, c'était pour vous - Dimanche
sur-tout, -j'offrais même les souffrances des malades pour vous et quand le S.Sacrement passait tout
près de moi, bénissant cette foule de malheureux qui l'entourait, je l'implorais ardemment pour vous
- Voilà quelle a été ma prière - Et quand je voyais ces malades que, quelques heures avant, j'avais
portés dans mes bras, presque sans vie, horribles quelquefois dans leur maladie, assainis, guéris,
formant l'escorte d'honneur de Jésus, je pensais à vous, souffrant sur votre pauvre grabat, pour
demander à votre Epoux une consolation, une dernière préparation, une tendresse de plus pour Vous
- Ma prière a donc été surtout de l'action - Mais cette prière affective que le Bon Dieu aime aussi, que
je ne sais pas, vous me l'apprendrez, petite sœur, quand vous serez près de moi - Je savais bien que
vous n'aviez pas encore quitté la terre - car je n'avais pas ressenti cela dans mon cœur - Merci, petite
Sœur, de votre souvenir de fête, de la pensée dictée par votre cœur - Merci à la Mère Agnès qui l'a
écrite - Merci à vous des quelques lignes tracées, les dernières, chères et précieuses avec la sainte
prière que vous aimiez tant ; merci de cette nouvelle tendresse.
Chère petite sœur bien-aimée, le langage de la terre vous est une fatigue - votre indigne et misérable
frère ne saurait que vous distraire de Jésus - il vous dit de nouveau : A Dieu - à revoir, à toujours union
d'apostolat et d'amour à Jésus -
Je suis résigné, vous voyez, et aspire presque, quelquefois, à cette union plus intime que votre Jésus
nous prépare -
A jamais dans son aimable cœur, votre frère
Louis
J'aurais désiré vous rapporter quelque souvenir de Lourdes - votre pauvreté m'a retenu - je n'ai rien -

que ma prière qui ne vaut rien sans générosité et sans mérite.

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