Imprimer

De l'abbé Bellière à Thérèse - 31 janvier 1897

De l'abbé Bellière à Thérèse.
31 janvier 1897


R.A.
Dimanche 31/1


Ma bien chère Sœur en N.S.
La bonté dont Dieu use envers moi est bien touchante et celle qu'Il vous a communiquée opère
profondément en mon âme toute réconfortée par les attentions que votre charité vous inspire - Je
me sens devenir meilleur chaque fois qu'il m'arrive un peu de la piété dont on vit au Carmel - et je
voudrais aimer Jésus comme vous l'aimez là-bas - Vous l'aviez en votre cœur, quand vous composiez,
ma Sœur, ce cantique d'amour que vous avez daigné m'envoyer PN 17). -On y respire un souffle divin
qui rend pur et fort. Le soir du jour où j'eus la joie de le recevoir, il fut l'objet d'une longue et douce
méditation, de concert avec mon Directeur, si heureux de savoir mon âme et mon travail confiés à
votre sollicitude. Depuis il m'a servi d'actions de grâces, avant-hier, aujourd'hui - je veux le savoir
couramment et m'en servir comme d'oraison jaculatoire durant le jour, et la nuit quand je m'éveillerai
- je l'ai mis dans mon Nouveau Testament et comme ce saint livre ne me quitte jamais, ce cantique de
l'amour m'accompagnera toujours, jusqu'au bout du monde.
Je voudrais pouvoir chanter comme vous, ma chère sœur, pour dire à Jésus les sentiments que les
vôtres m'inspirent - Mais Lui tout bon daigne agréer seulement ma prose rude et courte. Son Cœur si
tendre ne fait pas trop attention à la forme et sa Grâce descend toujours.
Oh! oui, ma sœur, « Vivons d'amour ». C'est le moyen de trouver du bonheur sur la terre - Sans Dieu,
sans son Amour - qu'il fait froid autour de nous - Mais dès qu'une sainte ferveur anime nos cœurs,
quelle sérénité et douceur de la vie - C'est bien en effet le repos sur les flots orageux, c'est vivre de la
vie du Roi Glorieux, Délices des Elus - commencer sur terre le bonheur du Ciel -
Le Calvaire alors devient le Thabor et la peine n'est plus - car, ainsi que parle le Saint : quand on
aime, il n'y a plus de peine, ou s'il y a de la peine, c'est une peine qu'on aime.
Je demande au Sacré-Cœur qu'il nous donne cet amour toujours plus grand, toujours plus fort et
généreux et que par lui, Il nous attire tellement vers Lui que nous Lui demeurions définitivement et
indissolublement attachés -
- Vous savez donc, ma sœur, que je dois différer mon départ jusqu'à Octobre - oui, mes supérieurs ont
jugé mieux d'attendre ; ce dérangement eût divisé cette année qui eût été au moins troublée au point
de vue des études - Mon Directeur d'ici m'autorisait à partir - ceux de là-bas préfèrent que j'attende -
Mais, l'an prochain ! ce sera le Noviciat, la préparation prochaine et après = En avant, Dieu et Labeur.
Quand je baptiserai mon premier petit noir, je demanderai à votre Vénérée Mère que vous soyez la
marraine - car il sera vôtre, vous l'aurez attiré à Dieu plus que moi -
A Dieu ma bien chère Sœur, priez toujours pour ma conversion - que le Maître fasse en moi quelque
progrès - Je le prie souvent et bien fort pour vous.
A jamais dans son Saint Cœur, votre misérable frère
M. Barthélemy-Bellière
a.m.
Je vous recommande particulièrement des examens qui commenceront demain Lundi pour finir le 14.

Retour à la liste des correspondants