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De l'abbé Bellière à Thérèse - 5 août 1897

De l'abbé Bellière à Thérèse.
5 août 1897


Jeudi soir
R.Ap.


Ma bien chère et bien bonne Sœur,
Absorbé par mille occupations je désespérerais de trouver un moment d'entretien avec vous, si je ne
dérobais à ce soir quelques instants - Si je déplorais chaque jour mon impuissance, ma pensée courait
souvent vers vous et mon cœur retrouvait le vôtre dans Celui de notre Ami commun, le bon Jésus,
qui veut bien vous conserver pour nous, connaissant combien vous nous manquerez et combien votre
influence même terrestre est efficace - Pourtant, chère petite Sœur, en vérité, je suis prêt à tout ce que
le Maître voudra de moi -d'autant plus que je crois pleinement à votre parole et à vos projets pour
l'autre vie. Quoique vous en disiez, chère petite, les « oignons crus » étaient un mets délicieux dont je
ne me rassasiais pas.
Sans doute Jésus est le Trésor, mais je le trouvais en vous, et 11 devenait plus abordable - c'est encore
par vous que désormais il viendra jusqu'à moi, n'est-ce pas? C'est vous dire que du Ciel comme d'ici,
j'attends TOUT de vous - et ma confiance sera assez puissante pour attendre au besoin une action
directe et manifeste de cette âme amie que Jésus fit sœur de la mienne, dans une union la plus étroite.
Ma chère et bien chère petite sœur, je vous connais assez pour savoir que ma misère ne devait
jamais ici-bas arrêter votre tendresse - mais, au ciel, participant à la Divinité, vous en acquérez les
prérogatives de justice, de sainteté.... et toute tache doit devenir objet d'horreur pour vous - Voilà
pourquoi je craignais - mais, comme j'espère que vous demeurerez l'Enfant gâtée, vous ferez ce que
vous aurez voulu sur la terre pour moi et je crois et j'espère -j'attends de vous aussi cette confiance
amoureuse qui me fait défaut encore et que je désire ardemment, estimant qu'avec elle on est heureux
pleinement ici-bas et on ne trouve pas l'exil trop long.
Que vous êtes bonne, petite Sœur, dans cette simplicité et cette ouverture qui me charment en me
confondant ! Je suis si peu habitué à trouver cela parmi les hommes que je suis comme étonné
quelquefois - mais grandement réjoui - Les détails que vous me donnez ingénument m'ont touché
doucement - surtout, oh! oui surtout celui qui découvre une délicatesse de plus de ma chère sœur : le

 

souvenir mortuaire et l'image du vénéré père, au jour même anni-versaire de sa mort - merci, du cœur,
et aussi de ceux qui vous concernent. Comme il vous avait bien désignée, le cher Père : sa « Reine »
oh! oui, et vous êtes demeurée Reine partout et à la veille de recevoir la dernière couronne et le dernier
sacre - reine toujours. Que Dieu a été bon pour votre famille, mais qu'elle est admirable aussi !
Heureux ceux qui entendent la voix de Dieu, heureux ceux qui Lui obéissent si éminemment - chéris
de Dieu par l'épreuve et par la gloire au Ciel!
Alors, vous avez toujours été Thérèse, la petite Thérèse et non pas Geneviève. Vous étiez peut-être
prédestinée par ce nom, vive donc Sainte Thérèse en ma chère petite sœur Thérèse - Voulez-vous
me dire aussi comment vous êtes devenue ma sœur - par choix ou par le sort.
Malgré toute la joie, tout le bonheur que j'ai de vos lettres, je ne veux à aucun prix, même à celui-là,
que la rédaction vous cause du malaise - chère petite Sœur, ménagez-vous, je vous supplie.
Vous allez voir un nom nouveau à ma signature, depuis Lundi je suis religieux de S. François dans le
Tiers-Ordre - et mon second patron, celui de l'Afrique, celui des tertiaires, l'est devenu mien encore
plus particulièrement.
Vous recevrez donc, chère, bien chère petite sœur de mon âme, l'expression de la respectueuse
tendresse de votre frère
Louis de France

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