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De l’abbé Bellière à Thérèse - 17 juillet 1897

De l’abbé Bellière à Thérèse.
17 juillet 1897


Oh ! ma pauvre petite Sœur, quel coup pour mon pauvre cœur. Il y était si peu préparé - ne lui
demandez pas cette joie que vous ressentez à l'approche du bonheur - il reste attaché à sa pesante
chaîne, il est rivé plus étroitement à sa croix - vous allez partir, chère petite Sœur, et il reste, seul, une
fois de plus - Plus de mère, plus de famille, il se concentrait en la charité de sa sœur, il s'était fait une
douce habitude de sa sainte intimité, il était heureux (oh! combien heureux) de sentir près de lui cette
main amie qui consolait, fortifiait ou relevait - il avançait en souriant dans la voie de la croix parce
qu'il ne se sentait plus seul - il était heureux et attendait impatiemment de se jeter dans le désert parce
qu'il avait confiance d'être soutenu - l'unique affection terrestre, il allait la briser comptant pour l'en
dédommager sur celle que Jésus lui avait prêtée dans un ange de la terre. Et voilà que Jésus retire
ce bien au moment qu'il semble le plus désirable - Oh! que c'est dur, que c'est pénible à l'âme mal
affermie en Dieu! Pourtant, fiât! fiât! puisque vous allez être heureuse à jamais, ma sœur - oui, c'est
juste - je suis un égoïste, partez, petite sœur, ne faites plus attendre Jésus - il est comme
impatient de vous cueillir - laissez-moi batailler, porter la croix, tomber dessous et mourir à la peine
- Vous serez là quand même, vous me le promettez et j'y compte, c'est ma dernière espérance pour
maintenant et pour l'avenir - Vous serez avec moi, près de moi -votre âme conduira la mienne, lui
parlera, la consolera à moins que Jésus irrité de mes plaintes ne veuille pas - Mais vous, petite Sœur,
son enfant gâtée, devenue son épouse, reine avec lui, vous gagnerez ma cause et m'attirerez à Lui, au
dernier jour - vous savez par quelle voie, la plus prompte, le martyre, s'il veut. Je remercie le Maître
quand même - il m'apprend, par une nouvelle leçon, à me détacher de tout ce qui passe et à ne regarder
que vers Lui -
Partez donc, chère petite Sœur du Bon Dieu, ma petite sœur à moi aussi - Dites à Jésus que je voudrais
l'aimer - beaucoup - de tout moi-même - apprenez-moi à le faire comme vous - dites à Marie que je
l'aime de toute mon âme - à mes saints que vous connaissez, dites aussi mon amour et vous qui allez
devenir ma Sainte de prédilection, vous ma sœur à moi, bénissez-moi, sauvez-moi - laissez-moi aussi,
je vous prie, quelque chose de vous, votre crucifix, si vous voulez -
A Dieu, chère Sœur - à Dieu, et à revoir bientôt - si long que soit l'exil, il sera court relativement à
l'éternité -
Au revoir! au Ciel!
Votre frère à toujours
Maurice Barthélemy-Bellière
A Dieu!

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