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Du P. Bellière à Thérèse - arrivée au carmel après le décès de Thérèse - 2 octobre 1897

Du P. Bellière à Thérèse - arrivée au carmel après le décès de Thérèse
2 octobre 1897


Samedi
R.Ap.


Ma chère et bien chère petite Sœur,
Soyez heureuse; l'âme que vous aimez tant et pour laquelle vous avez tant dépensé de prières et de
bonnes actions a réalisé enfin - ou du moins presque entièrement - ses plus chers désirs. Votre frère,
petite sœur, est missionnaire depuis un jour. A qui le doit-il, dites? A Jésus d'abord qui l'a choisi, mais
après Lui, à ma bonne petite sœur du Carmel de Lisieux, à ma sœur Thérèse de l'Enfant Jésus - Vous
avez gagné pleinement, car vous avez tout fait - par ma manière d'agir, je semblais déranger ce que
vous avez fait; mais votre Jésus est si bon. Il vous aime tant qu'il n'a pu rien refuser à votre souffrance
qui demandait miséricorde pour moi -Merci, du fond du cœur, bonne petite Sœur; je vous dois cet
immense honneur d'être aujourd'hui le missionnaire de Jésus. Et voyez comme II est bon. Il a voulu
que vous soyez présente à ce triomphe de la grâce puisqu'il vous a conservée jusqu'à maintenant. Vous
allez partir bientôt, petite Sœur, vous allez venir bientôt vers votre frère qui vous attend ici. Jésus vous
attend et moi aussi. Venez vite, si vous saviez comme l'Afrique est belle; comme les pauvres Arabes
sont à soulager. Si vous saviez surtout (oh! comme je suis égoïste) comme votre frère a besoin de vous
savoir près de lui - il ne sait comment il se trouve en si sainte maison ! Qui l'y a conduit ? Comment
s'est-il arraché de tant de liens si serrés, si charmants? Il n'y comprend rien et n'eût jamais pensé se
trouver à pareille fête ; il se demande même quelquefois s'il ne rêve pas.
Vous aviez prié beaucoup, beaucoup pour ma pauvre Mère, n'est-ce pas? Elle a été admirable -
Demandez plutôt à notre Vénérée Mère, sa lettre complétera celle-ci. Oh! cette heure du départ, cette
dernière bénédiction, au milieu des sanglots de mes amis présents, ma Mère forte jusqu'au bout,
m'envoyant à Dieu, je ne l'oublierai jamais. Si vous saviez ces ruses du diable, ces tentations, ces mille
ressources qu'il déployait contre ma résolution! une fois de plus, il a perdu, vive Dieu! Maintenant,
je suis à l'œuvre - il faut aller de l'avant, déjà je suis heureux - C'est rude, au début; mais tant mieux,
quand ce l'est beaucoup - je pense que ce l'est davantage chez Vous. Ainsi, nous couchons sur une
simple paillasse; en Mai ce sera sur la planche - cela me rapproche de vous et je suis heureux, bien
heureux.
Quand vous partirez pour le Ciel, dites-le-moi. Je vous attends impatiemment, désormais, que me
reste-t-il sinon l'action immédiate de votre chère âme près, tout près de la mienne - car j'ai besoin
toujours de quelque appui, quand à ce moment vous me connaîtrez bien vous verrez combien je
suis misérable. Après votre départ aussi votre héritage qui sera un de mes plus chers trésors. Votre
dernière image est ici, votre photographie est là, entourée de quelques autres dont le cercle est bien
restreint, ma Mère et quelques amis et aussi votre bon père dans un cadre un peu beau et c'est tout, mes
livres, mon crucifix en attendant le vôtre. Ici, je n'ai pas de reliques, sauf du linge de la Bienheureuse

 

Marguerite Marie - j'attends aussi les vôtres - Vous voyez, c'est votre héritage; est-ce mal? Est-ce de
la cupidité? C'est vous surtout que j'attends. Où en êtes-vous de l'état de votre santé. Viendrez-vous
bientôt.
Aujourd'hui j'envoie mon ange gardien vers le vôtre, et lui fais la même prière que vous chantiez
naguère, lui demandant de vous avertir que j'entre en retraite demain pour en sortir le 10, par la prise
d'habit (costume blanc, avec le rosaire autour du cou - c'est le costume arabe : gandoura, burnous,
chéchia, le rosaire en plus, noir et blanc). Si vous êtes encore de la terre, j'aurai de la joie à vous jeter
des fleurs, au 15 Octobre, sinon, recevez celles, dès mainte-nant de ma respectueuse et fraternelle
affection dans ma plus vive reconnaissance à jamais
F. Louis

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