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Du P. Roulland à Thérèse – arrivée au carmel après le décès de Thérèse - 13 septembre 1897

Du P. Roulland à Thérèse – arrivée au carmel après le décès de Thérèse

13 septembre 1897


Yum tchang
Sr Thérèse de l'Enfant Jésus

 

Ma sœur,
Je suis à 6 lieues du lieu où j'apprends la langue; je viens de terminer un fameux travail, un travail
difficile parce que c'est la première fois que je le fais. Nos paroisses sont plus grandes que celles de
France, elles sont composées de stations plus ou moins éloignées les unes des autres. Les chrétiens
de ces stations ne peuvent venir trouver le Père : alors c'est le Père qui va les trouver. Deux fois par
an il fait la visite; en ce moment j'aide un missionnaire à faire la visite : voilà quinze jours et plus
que je suis ici et le travail est terminé; je pars demain matin pour Ho-Pao-Tchang. Voici comment se
sont passées les journées : matin, méditation pendant laquelle les chrétiens récitent dans la chapelle
la prière du matin; messe à laquelle tous assistent ; action de grâces souvent interrompue par l'arrivée
de chrétiens qui viennent saluer le Père et avec lesquels il faut parler. Déjeuner suivi de la récitation
du Bréviaire; après, j'entends une quinzaine de confessions; à 11 heures je suis libre, alors je prends
(ne vous scandalisez pas), je prends ma pipe et attends le dîner; après le repas je prends ma récréation
en marchant de long en large dans la cour; exercices de piété (abrégés : demandez au bon Dieu qu'il
me le pardonne); récitation du bréviaire, du chapelet. - Puis lorsque le soleil a baissé j'appelle jeunes
gens et enfants et tous nous partons joyeux faire une promenade dans les environs. Je suis médecin et
j'ai beaucoup de pratiques : les païens n'osent pas venir, alors ils me font demander des remèdes par
l'intermédiaire des chrétiens; après le souper je vais trouver un groupe de chrétiens; alors je deviens
écolier, on m'apprend des phrases, on me reprend lorsque je fais des fautes et on est furieux lorsque je
me mets à parler latin avec le théologien qui m'accompagne parce qu'alors on ne comprend plus rien.
Vous le voyez, ma Sœur, le Missionnaire est heureux en Chine. - Pendant ces 15 jours j'ai prêché 4
fois : Ouverture de retraite; Nécessité de sauver son âme; Nativité de la S Vierge; S* Nom de Marie.
Ces sermons n'ont pas été trop mal réussis et j'espère plus tard me faire comprendre.
C'est donc la première fois que je suis en contact avec les âmes : eh bien! ma Sœur, je puis vous dire
qu'il y a de belles âmes parmi les chrétiens chinois; sans doute, il ne faut pas demander la perfection
que l'on rencontre chez les Filles de S Thérèse mais n'oublions pas que le bon Dieu est miséricordieux,
il ne demande pas aux Chinois ce qu'il attend des Carmélites. Une jeune fille de 20 ans vient me
trouver avec sa mère : Père, me dit-elle, je ne sais pas la doctrine; mon père est mauvais chrétien : je
n'ose pas prier à la maison; mon père veut me marier à un païen, alors j'ai fui avec ma mère; me voici;
je ferai ce que le Père dira : je me marierai s'il le veut, mais à un chrétien. - Le Père va donc donner
quelque argent; la jeune fille va rester ici, travailler, apprendre la doctrine et l'an prochain elle sera
fiancée et deviendra avec la grâce de Dieu, une bonne mère de famille. - J'ai béni deux mariages :

un jeune homme de 15 ans s'est marié avec une fille de 12 ans passés. Je vous parlerais bien de cette
cérémonie, mais je ne l'ose; peut-être l'ai-je fait dans ma dernière lettre; alors je vous en demande
pardon. - Pendant cette visite bon nombre de retours : les chrétiens sont enchantés. - La première visite
est bonne, pleine de consolations. Deo gratias : c'est la grâce de Dieu qui a tout fait, mais les prières
qui sont montées au Ciel, du carmel de Lisieux, et particulièrement les vôtres, ont décidé le bon Dieu
à ne pas tenir compte de l'indignité de son serviteur. Merci à votre bonne Mère, merci à toutes vos
sœurs, merci à vous, ma Sœur; vous travaillez pour le bon Dieu, le bon Dieu vous récompensera.
Ces chrétiens que je visite ne sont pas les miens : Monseigneur ne m'a pas assigné de district, je suis
paresseux : je vais être rappelé en Octobre près de Sa Grandeur.
Santé très bonne : le travail d'acclimatement n'est pas encore terminé; espérons que le bon Dieu ne
vous laissera pas porter seule les croix; que me resterait-il lorsque le bon Dieu m'appellera à Lui?
N'oubliez pas que vous êtes ma sœur cadette; je dois mourir avant vous.
A votre Mère Supérieure que je me permets d'appeler ma Mère offrez mon profond respect et sincère
reconnaissance.
A vous, ma sœur, je vous dirai Merci au Ciel où nous serons un jour réunis, j'espère.
Si la bonne Mère vous le permet, écrivez-moi : vos lettres me font du bien : nostra conversatio in
coelis est. - Comprenez-vous?
Quand j'aurai un poste je vous écrirai. Au revoir dans les Cœurs de Jésus et de Marie,

A. Roulland edm (enfant de Marie)
miss. Ap. (missionnaire apostolique)
Su-tchuen or. (Su-tchuen oriental)

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