Imprimer

Du P. Roulland à Thérèse - 1er août 1896

Du P. Roulland à Thérèse.
1er août 1896


Ma sœur,
Je viens de lire votre lettre ; merci : je vous traiterais d'égoïste si je ne savais que la vie du
missionnaire comme celle de la Carmélite est nécessairement accompagnée de souffrances. Mais
ces croix, si je reste fidèle aux traditions de mes ancêtres, je les porterai en riant. Il en est une que je
demande au bon Dieu de ne pas m'imposer : celle d'être placé dans un Séminaire en Mission ; celle
surtout de revenir directeur au Séminaire de Paris et cependant lorsque mon confesseur me quitta à la
gare, il me dit : Au revoir, Au revoir, vous entendez ce que je vous dis ; d'un autre côté il m'a dit que
MM. les Directeurs avaient des raisons toutes spéciales de m'envoyer au Su- Tchuen Oriental. - A
ce vœu j'ajoute : Cependant que la volonté [de Dieu] se fasse -.
Pendant la traversée je lirai le passage d'Isaïe et le bon Dieu fera naître en mon cœur, je l'espère,
quelques-uns des sentiments qui ont embrasé le vôtre.
Je lirai aussi la note sur la Mère fondatrice du Carmel de Lisieux (Mère Geneviève de Ste Thérèse)
et aussi la poésie de la fin (Thérèse a copié pour lui ses poésies 26, 30, 5, 17, 24, 3, 23, 20, 47, un
fragment de RP 3 et PN 34).
J'ai déjà lu et relu la dernière poésie, Je voudrais pouvoir y répondre, mais le bon Dieu me veut
prosaïque ; je goûte cependant les beautés d'une poésie qui vient du cœur.
Lorsque j'ai quitté Paris j'ai fait mon sacrifice en union avec vous ; à Marseille je ferai la même chose.
- Mes peines, mes joies je vous les dirai et ensemble nous pleurerons- nous nous réjouirons. - J'ai reçu
votre Vie de Ste Thérèse ; nous la lirons pendant la traversée. Vous avez reçu, j'espère, « l'âme d'un
Missionnaire » (Vie du P. Nempon, par G. Monteuuis), là vous trouverez les détails sur la cérémonie
du départ. - Je recommande à vos prières une jeune fille de mon pays ; elle n'est pas faite pour le
monde ; son grand désir est d'être Augustine : forçons le bon Dieu à la faire bientôt entrer.
A Dieu, ma Sœur ; vous traversez les mers et je reste au Carmel ou plutôt nous traversons les mers et
nous restons au Carmel.
A Dieu, ma Sœur, unis dans le Sacrifice nous le serons au Ciel et là je vous présenterai mon bon
père et ma généreuse mère.
Je vous bénis,

A. Roulland edm (enfant de Marie)
miss. Ap. (missionnaire apostolique)
Su-tchuen or. (Su-tchuen oriental)

Voici mon adresse : P. Roulland miss. ap. au Su-Tchuen Oriental.
Missions Etrangères 128 Paris

Retour à la liste des correspondants