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RP3 06v

dirait-on pas qu'elle les entend encore ?... Et quelle profondeur dans son regard !... je puis à peine le soutenir.....

 

CHARLES VII

 

            5 Je ne suis pas si facile à convaincre, je doute encore..... D'ailleurs, il est une chose que personne ne connaît... Et je tremble... (Après une pause). Non, jamais ce doute ne disparaîtra de mon esprit.

 

JEANNE, que la voix du Roi a fait revenir à elle.

 

            10 Gentil Dauphin si j'étais seule avec vous, je vous dirais le secret que personne ne connaît et je ferais disparaître vos doutes.

 

CHARLES VII, très ému.

 

            Eh quoi, vous sauriez ?... Mais non, c'est impossible...   15 Cependant je veux bien que mes courtisans s'éloignent un instant.

 

            Il fait un signe de la main, les courtisans se retirent dans le fond de l'appartement, observant de loin la scène touchante qui se passe sous leurs yeux.

 

LE DUC D'ALENCON dit en se retirant

aux autres 20 seigneurs :

 

            Quel spectacle ! un monarque tremblant, menacé de perdre sa couronne, et une bergère qui vient lui offrir avec assurance de raffermir cette couronne sur sa tête et de lui rendre sa puissance !....

 

25 JEANNE s'approche du Prince et lui dit à mi-voix :

   
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En mon Dieu, gentil Prince, je connais la prière que vous avez faite ce matin après la communion, dans votre oratoire particulier, n'ayant que Dieu seul pour témoin. «Seigneur, disiez-vous, si je suis le véritable héritier de la noble maison de France et si ce royaume doit légitimement m'appartenir, veuillez, je vous en conjure, me le conserver et le défendre contre les attaques des Anglais; dans le cas contraire, je vous demande pour toute grâce d'échapper à la mort ou à la captivité et 10 de pouvoir me retirer en Ecosse ou en Espagne où j'espère trouver un refuge. (Le roi paraît très ému, il essuie ses larmes. Jeanne, d'une voix plus forte :) Et moi je vous dis de la part de Dieu que vous êtes le véritable héritier du royaume de France et fils de Roi. Je suis envoyée 15 afin de vous conduire à Reims pour que vous y receviez le sacre et la couronne.

 

LE ROI, pressant la main de Jeanne dans les siennes

et parlant à demi-voix.

 

            O Jeanne ! vous êtes véritablement l'envoyée du 20 Ciel ; désormais vous n'avez qu'à parler, je ferai exécuter vos ordres. (Elevant la voix, il dit aux courtisans :) Vous pouvez approcher !... (Les courtisans s'approchent en silence et reprennent leurs places).

 

LE ROI

 

            25 J'ai maintenant grande confiance en cette jeune fille, car elle m'a dit des choses secrètes que

   
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Dieu seul a pu lui révéler.

 

LA TREMOUILLE, contenant son mécontentement.

 

            Sire, que faut-il faire pour la récompenser ? Désirez-vous qu'elle soit comblée d'honneurs ?...

 

5 CHARLES VII

 

            Je désire qu'elle soit obéie... Jeanne, parlez, que voulez-vous ?

 

JEANNE

 

            Gentil Dauphin, je désire.....

 

REGNAULT,   l'interrompant.

 

            10 Pourquoi donc appelez-vous le roi dauphin et non pas roi ?...

 

JEANNE

 

            Je ne le nommerai roi qu'après qu'il aura été sacré et couronné à Reims où j'ai mission de le conduire. Il faut d'abord que l'armée se tienne prête afin que 15 je la dirige au plus tôt vers Orléans car l'Anglais doit être chassé par moi hors de toute [la] France.

 

LE DUC D'ALENCON

 

            Jeanne, désirez-vous des armes, des chevaux ?... Je m'offre à vous fournir tout ce qui vous sera nécessaire.

 

20 JEANNE

 

            Gentil Duc, je vous suis fort obligée, j'accepte un cheval blanc, mais pour les armes, l'épée de Sainte Catherine me suffit ; d'ailleurs je ne compte pas m'en servir, c'est avec mon étendard que je dois remporter la victoire.

 

25 REGNAULT, avec ironie.

   
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Pourquoi donc ne combattez-vous pas seule ? Puisque vous êtes sûre de la victoire, il est inutile de faire lever toute une armée et la gloire qui vous demeurera sera bien plus grande.

 

5 JEANNE

 

            Je ne cherche pas mon honneur, mais celui de Dieu ; d'ailleurs qu'on me donne seulement une poignée de guerriers et je réussirai aussi bien qu'avec une nombreuse armée, mais il ne faut pas commencer l'attaque 10 sans moi !...

 

CHARLES VII

 

            Jeanne, je veux que l'armée entière vous obéisse et je vous promets que l'attaque ne commencera que sur vos ordres. Maintenant retirons-nous et prenez vos dispositions ; 15 je veux que vous choisissiez les personnes qui composeront votre maison. Je vous donne les droits et le train d'un comte avec tout l'équipage d'un général d'armée.

 

JEANNE,   s'inclinant devant le Roi.

 

            20 Gentil Dauphin, Dieu lui-même vous récompensera ; bientôt vous verrez votre règne glorieux et votre royaume délivré de la tyrannie étrangère.

 

Tout le monde sort.

  

Scène 2

 

25 JEANNE et JEAN D'AULON, son écuyer.

   
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JEAN D'AULON

 

            Jeanne, la victoire me semble assurée ; en peu de jours vous avez su transformer l'armée. Il n'est pas jusqu'au vieux la Hire qui n'ait voulu se 5 confesser et communier avant la bataille.

 

JEANNE

 

            Jean d'Aulon, ce n'est point moi qui ai fait ces merveilles. Dieu seul a pu changer ainsi les coeurs de ces braves guerriers, et mon vénérable aumônier, frère 10 Jean Pasquerel, a bien contribué à les convertir. Maintenant je ne crains rien, je n'ai que des braves à commander, puisque Dieu Lui-même habite en eux.

 

JEAN D'AULON

 

            Il vous faut cependant bien de la patience, car si 15 tous les grands de la cour vous craignent et vous respectent, il en est un grand nombre qui sont animés d'une secrète jalousie ; déjà vous en avez eu des preuves bien pénibles... Cela leur semble si dur d'obéir à une jeune fille !...

 

20 JEANNE

 

            C'est vrai, le comte Dunois m'a trompée en passant avec l'armée par la Sologne et non pas directement, comme je l'avais commandé, du côté où sont les Anglais.... Mais je ne crains pas, le conseil de mon 25 Dieu est plus sûr que ceux des grands de la terre. Il a un livre dans lequel nul clerc ne lit, quelque

   

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