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Sr Françoise Thérèse à ses trois soeurs - 7 mai 1899

Sr Françoise Thérèse Martin à ses trois sœurs du Carmel

7 Mai 1899

Mes petites sœurs bien-aimées,

Que je suis reconnaissante envers notre si bonne Mère de vouloir bien vous permettre de m'écrire de quinze jours en quinze jours. Vraiment votre pauvre petite sœur a besoin de cela, privée comme elle l'est de ne pouvoir vous voir, c'est le plus grand sacrifice et le plus intime que mon coeur sent vivement. Mais la pensée que nous nous reverrons au Ciel, que nous nous sommes quittées pour être un jour, et même dès ici-bas, plus étroitement unies en Dieu, cela me rassérène et me console puissamment. Souvent ma pauvre petite barque est fortement ballottée par la tempête, il me semble que tout va sombrer, je ne sais plus que devenir et n'ai d'autre remède qu'en dévoilant tout à mes bonnes Mères. C'est ma seule planche de salut, ensuite je retrouve la paix. Aussi mes petites sœurs, combien je compte sur vos prières jusqu'à ce que je sois arrivée au port car plus mon noviciat avance plus les difficultés augmentent et notre bonne Maîtresse voyant en moi tout ce qu'il faut pour être une vraie Visitandine, ne m'épargne pas. Je vous assure qu'elle sait bien s'y prendre pour faire mourir la nature dans tous ses retranchements Mais, loin de m'en plaindre, je suis au contraire ravie de cette forte et douce direction qui conduit droit au pur amour et ce n'est pas rare que je lui dise: "Je vous en supplie, ma sœur, ne me ménagez pas, c'est la nature qui crie et se révolte, mais au fond, je suis contente et je n'ai la paix qu'à ce prix. Il m'arrive de pleurer quelquefois, mais c'est rare. Quand je suis triste c'est uniquement parce que j'ai refusé quelque chose à Notre Seigneur.

C'est aujourd'hui 8 mai un double anniversaire bien cher à mon coeur: la 1re Communion de notre Ange et la profession de ma petite Mère Agnès de Jésus, de ce jour du Ciel passé sur la terre, j'ai gardé le plus doux souvenir.