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Sr Françoise Thérèse à ses trois soeurs - 12 novembre 1899

Sr Francoise Thérèse Martin à ses trois sœurs du Carmel

12 Novembre 1899

Mes bien chères petites Sœurs,

Voilà bien des évènements depuis ma dernière lettre. Qui aurait pu se douter que ma très chère Maîtresse m'eut été enlevée si tôt. J'aurais été si heureuse de faire avec elle la Ste Profession. C'était aussi son plus grand désir d'offrir elle-même son enfant au Seigneur, mais telle n'était point sa sainte volonté qu'il faut avant tout adorer et bénir. Ce fut une séparation très cruelle pour mon coeur que son départ pour Boulogne mais, sans perdre de temps je me suis jetée dans le Coeur de mon Jésus et là, j'ai puisé la force pour souffrir généreusement.

Il y a quelque temps, Notre Mère très aimée me rappelait que le jour de ma Prise d'Habit elle se vit obligée de me donner son cierge, parce qu'on avait oublié d'en passer un pour moi au célébrant. Et notre si bonne Mère, aussitôt de penser: "Je dois être la lumière de cette enfant".

Aujourd'hui que Notre Mère m'est doublement Mère, puisqu'elle veut bien se charger du noviciat, je fais ce rapprochement d'alors. Combien je lui suis reconnaissante de s'occuper de ses tout petits agneaux, malgré ses nombreuses occupations. Je ne crains qu'une chose, c'est que sa santé, ne réponde pas à son zèle, mais en cela comme en toutes choses, je m'efforce de mettre toute ma confiance dans le Coeur du bon Maître qui blesse et qui guérit avec tant d'amour.

Je ressens un vide immense du départ de ma tant aimée Maîtresse, il me semble à tout instant que je vais la rencontrer aussi parfois, je verse des larmes bien amères, l'exil me semble plus dur et pesant, mais aussi je regarde plus haut et j'espère. J'entends Jésus me dire intérieurement "Ne te suffis-je point, que crains-tu? une enfant aussi aimée que je t'aime peut-elle périr entre les bras du Tout Puissant?... Je suis poursuivie par cette très douce pensée qui me réconforte et me ranime.

Puis aussi, je ne trouve pas de plus chère consolation dans ma peine que de me montrer parfaitement religieuse, c'était le plus grand désir de ma si bonne et tant regrettée Maitresse qui me l'a demandé bien des fois avant de partir. Du reste, elle m'a montré encore plus par ses exemples que par ses paroles ce que j'avais à faire. Il faut bien le dire: c'est un véritable trésor que Jésus m'avait donné. Je veux mettre tout mon bonheur à imiter ses vertus, mais j'ai beau courir, avec mes petites forces, je ne pourrai la suivre que de très loin.